Mise au point sur la place de l’animal dans la ville

Photo du chat errant Sacha avant son placement en famille d'accueil. Copyright 2010 C.RÉ.DO. Pigeons et P.A.

Chat errant Sacha avant son placement en famille d’accueil.
© 2010 C.RÉ.DO. Pigeons et P.A.

Lettre de Marc MICHEL adressée aux DNA le 25 octobre 2013 pour leur Courrier des Lecteurs, mais elle n’a pas encore été publiée :
« Votre article intitulé « Nuisible nourrissage » publié en date du 15 octobre dernier fait froid dans le dos en annonçant l’interdiction de nourrissage des animaux errants dits « nuisibles » et en la justifiant et la défendant. C’est pourquoi j’estime qu’il est nécessaire de réagir.
A qui sait faire usage de son bon sens et de son humanité, une telle décision apparait hypocrite, cruelle et évidemment nulle et non avenue.
Vous prétendez agir pour le bien de l’animal et vous dites que « nourrir un animal ne lui rend pas service ». Un enfant de 3 ans ne comprendrait pas une phrase si absurde car il est évident que tout animal a besoin de s’alimenter pour vivre et que la ville, univers bétonné, ne lui offre que peu de nourriture en soi, à part les déchets ou ce que l’Homme veut bien partager avec lui et lui donner.
Interdire le nourrissage d’animaux juste avant l’hiver, c’est donc clairement prononcer un arrêt de mort contre tous les animaux coexistant avec nous en ville et les vouer à crever lentement de faim dans leur coin.
Vous justifiez cette décision en invoquant le fait que ces animaux sont des « nuisibles » et donc que leur extermination, par quelque moyen que ce soit, devient tout à fait normale. Est-ce le rôle d’une loi, d’une règlementation d’inciter les citoyens au vice, à savoir ici à toutes sortes d’actes cruels et inhumains ? Car en effet, on connait très bien les répercussions d’une telle propagande d’abord contre le nourrissage, puis contre les animaux dits « nuisibles » : après l’interdiction de nourrissage vient l’autorisation de leur nuire pour s’en débarrasser au prétexte qu’ils nous causeraient des torts ou pourraient nous en causer. Je pense ici à tous les animaux errants ou non empoisonnés par des particuliers, aux trappes et tueries atroces de pigeons par des services commandités par la ville et donc payés par nos impôts…
Si vous défendez la thèse qu’il faut exterminer les animaux dès qu’ils sont qualifiés de « nuisibles », on peut craindre à juste titre que vous puissiez logiquement aussi défendre le fait qu’affamer des êtres humains, du moment qu’ils seraient aussi considérés comme « nuisibles », serait tout aussi juste. En soi, vous conviendrez qu’une telle position n’est donc pas tenable.

Au final, cette interdiction ne révèle-t-elle pas l’hypocrisie ambiante ?
D’un côté vous prônez l’écologie, le respect de la nature, le bio et autres blablateries moralisantes récurrentes, de l’autre, vous n’hésitez pas une seconde à vouloir détruire, tuer, nettoyer la ville d’êtres vivants qui soudain vous deviennent insupportables à voir et à en faire une propagande éhontée. Que dire à nos enfants ? Qu’il faut respecter les animaux et les « aider » en les faisant mourir de faim ? Que c’est bien de protéger la nature, mais que c’est mal de la protéger et qu’on ne peut le faire qu’en désobéissant aux adultes qui, de l’autre côté, disent qu’il faut nourrir les animaux en hiver ? Quelle confusion ! Allons, il vous faut choisir vraiment : soit nous vivons dans une société bien propre mais barbare et fermée, soit nous vivons dans une société respectueuse de la nature et qui l’intègre dans son mode de vie, doux et ouvert…
Ne saviez-vous pas que si tant d’animaux, notamment des chats, errent par la ville, c’est parce que vous les avez abandonnés ou ne les avez pas stérilisés ! Vous accusez les chats de Mulhouse de manger les petits oiseaux, mais, s’ils n’étaient pas nourris, n’en mangeraient-ils pas davantage ? Donc au final en interdisant de nourrir les animaux, vous voulez provoquer cela même pour quoi vous les accusez… Vous voulez réparer vos erreurs en faisant de nouvelles erreurs.
Bref, vous prenant les pieds dans vos propres impasses logiques, vos propres comportements irresponsables et votre inaction coupable (oui, pourquoi ne pas avoir stérilisé auparavant ces chats et donné des moyens aux associations ? Pourquoi ne pas avoir donné des graines stérilisantes aux pigeons ?), vous n’avez plus qu’un recours : anéantir le problème avec violence au lieu de le résoudre avec humanité et intelligence… triste modèle que vous voulez partager et faire suivre par le citoyen…
Voilà ce que cachent les préparatifs du prochain marché de Noël : le fantasme d’une ville immaculée et aseptisée, belle et bien propre sous tous rapports à la vue des touristes…

Mais enfin, reprenez-vous, relevez-vous : vous êtes pétris de peur face à la Nature et on ne peut pas agir et obéir à une réglementation édictée sous la peur. En effet, un document (loi, contrat, décret, etc.) est nul et non avenu s’il a été signé sous l’effet de la peur… et l’interdiction de nourrissage fait partie de ce genre de décision que l’on prend, le stylo tout frémissant, face à une situation qui nous dépasse.
Ne me dites pas que vous n’êtes pas tout tremblants face à la nature : dois-je vous énumérer toutes ces peurs liées à l’animal, qui s’égrènent au fil de l’article ? Les pigeons amèneraient des tiques, les cygnes deviendraient agressifs, les ragondins viendraient rendre visite à des habitants… Et nous revoilà retombés dans des délires paranoïaques moyenâgeux, où se mêlent la peur de la contagion, l’impression d’agression et d’invasion… Lucrèce dans De la nature l’écrivait déjà : l’Homme craintif, tremblant face aux animaux et face à la vie et aux phénomènes incontrôlables de la nature, préfère se mettre à la détruire et à la soumettre à sa cruauté infinie plutôt que de tenter de coexister avec les autres êtres en son sein et de la comprendre réellement.
Par ailleurs, Rousseau ne montrait-il pas que lorsque la société, par ses lois et réglementations absurdes, bâillonne notre pitié naturelle (c’est-à-dire ce qui nous incline naturellement à compatir au sort d’autrui et d’autres êtres), elle ne fait que transformer l’Homme en un être pervers et monstrueux ? Le rôle de la protection animale semble ainsi bien incompris : ce que les nombreux nourrisseurs de chats, pigeons, cigognes, cygnes et ragondins veulent protéger, c’est certes l’animal mais surtout l’homme, de sa propre connerie et de sa propre inhumanité.

Car le réel enjeu de la politique est de faire coexister au sein de la ville (et plus largement du monde) nos vies avec celle des autres êtres vivants dans le respect de ces derniers. Là est le plus grand apprentissage auquel les lois et autres règlements devraient initier.
Que faire alors, me direz-vous ? Sans prôner une philosophie de bisounours, et en restant pragmatique, on ne peut qu’encourager les pouvoirs publics à sensibiliser la population sur la nécessité de nourrir les animaux en hiver et d’ouvrir leur esprit au fait que la ville est un milieu qui doit être partagé, où chacun trouve sa place.

Par conséquent, en tant que citoyen libre, respectueux de toute vie car ayant une conscience, exigeant vérité et cohérence, je suis au regret d’avouer que je suis dans l’impossibilité de me plier à l’interdiction de nourrissage. »

Marc MICHEL, Strasbourg

Fin de la lettre de Marc MICHEL.


Voir aussi les articles suivants au sujet des captures de pigeons à Strasbourg :
http://credopigeons.fr/2012/11/04/rapport-michel-barnier-gazage-pigeons-juin-2008
http://credopigeons.fr/2013/10/25/sixieme-semaine-campagne-captures
http://credopigeons.fr/2013/11/07/a-monsieur-maire-strasbourg-parole-a-pigeon
http://credopigeons.fr/2013/11/05/a-propos-pigeons-captures-immondes
http://credopigeons.fr/2013/11/05/strasbourg-ennemie-certaines-especes-animales
http://credopigeons.fr/2013/10/09/troisieme-semaine-campagne-captures

Publicités
Cet article, publié dans Courriers, Non classé, Pigeons Strasbourg, Politique locale, est tagué , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s