Arrêtons de vider les océans ! (suite)

Vivre en Harmonie

Archive 2013

POINT DE VUE

Arrêtons de vider les océans ! (suite)

par Jean-Louis Schmitt

Des milliers d’oiseaux marins périssent chaque année, victimes des filets de pêche ! « Ce chiffre est probablement bien supérieur au nombre de victimes impliquées dans toutes les marées noires en Europe depuis 1967 » indique le BirdLife International. Mais, les oiseaux ont bien d’autres soucis encore…

Les nombreuses prises –certes involontaires- représentent autant de dégâts collatéraux d’une industrie particulièrement destructrice d’un biotope de plus en plus menacé. Outre les poissons visés, les victimes directes en sont les oiseaux pris au piège des hameçons ou mourant noyés et écrasés dans les filets…

Mais, il y a une menace supplémentaire : la surpêche prive en effet les oiseaux marins de leur nourriture naturelle ce qui a un impact sur leurs populations qui tendent pour le coup à considérablement diminuer ! Ces faits sont désormais clairement établis par de nombreux scientifiques qui, grâce à une compilation de plus de quatre siècles d’observation, notent unanimement une baisse importante des effectifs de fous de Bassan, de manchots, de macareux moine et autres mouettes… En compétition directe avec les pêcheurs et leurs moyens de capture de plus en plus sophistiqués, les oiseaux ne font tout simplement pas le poids !Avec le développement de l’aquaculture, de nombreux petits poissons (sardines et anchois notamment) -qui n’étaient auparavant que partiellement prélevés (1)- sont désormais littéralement raflés afin de répondre à la demande croissante des fabricants de farines et huiles destinées à alimenter ces « fermes » aquacoles. L’essor de celles-ci impacte par conséquent très logiquement la survie des oiseaux et de bien d’autres espèces (poissons, mammifères…) qui se nourrissent habituellement de ces petites proies… Outre la catastrophe que représente donc cette surpêche pour toutes les espèces prédatrices, la masse de ces prélèvements est bien évidement totalement contraire à une bonne gestion économique et met en péril, très logiquement, l’activité halieutique toute entière…

Les poissons « fourrage ».

Selon Philippe Cury (2) « ces poissons sont le fuel des écosystèmes marins […] Il faudrait diviser les captures maximales des poissons fourrage (3) par deux».
Et les scientifiques d’enfoncer le clou : « […] Il faut laisser au moins 40 % de la biomasse vierge si l’on veut éviter que les écosystèmes marins ne disparaissent, d’autant que les poissons fourrage sont très vulnérables : quel que soit l’état du stock, ils se déplacent en banc et sont donc faciles à attraper. Dans certaines régions, les stocks ont été totalement décimés (mer Noire, Namibie…). Au Pérou, les anchois avaient presque disparu au milieu des années 1980. Vingt ans plus tard, le stock peine toujours à se reconstituer… ».
En clair, l’urgence n’est plus aux tergiversations mais bel et bien à l’action ! Or, comme chacun le sait ou peut aisément le constater : le genre humain n’est pas très partageur ! Va pour donner à son prochain (et encore, juste à l’occasion…) histoire de se racheter une bonne conscience mais, question altruisme de masse, on repassera…
Comme à plus forte raison le partage concerne en l’occurrence des piafs dont personne (ou bien peu de monde) n’a que faire, le choix est d’autant plus vite expédié : l’homme oublie juste qu’il n’est pas tout seul et qu’il ne constitue qu’un simple maillon (comme tous les autres) d’un ensemble complexe qu’est la diversité biologique, la Nature en somme qui, du reste, se passerait fort bien de cet encombrant et destructeur individu qu’est l’être humain !

Il y a un abîme entre les déclarations d’intention et la réalité !

En 1992 déjà, lors du Sommet de la Terre de Rio (4), un semblant de consensus s’était fait autour de la rédaction d’une convention mondiale sur la biodiversité par laquelle « tous les pays participants décidèrent de faire une priorité de la protection et restauration de la diversité du vivant, considérée comme une des ressources vitales du développement durable ». Belle et salutaire prise de conscience qui devait cependant se révéler à tout le moins fastidieuse quant à sa mise en oeuvre. Depuis… la « diversité du vivant » ne cesse d’accuser de sévères revers et on ne compte plus les atteintes (irréversibles pour certaines) à l’environnement !
Si l’heure est grave pour nombre d’oiseaux marins (mais, vous l’aurez compris : pas que…) elle l’est également et par la force des choses pour l’humanité toute entière qui se singularise certes par une intelligence hors du commun mais également par son manque prégnant de clairvoyance à bien des égards.
Obnubilé par son désir suprême de dominer le monde et tout ce qui, pour son malheur, y vit, doté d’une extraordinaire avidité et d’un redoutable machiavélisme, ainsi va l’homme ne laissant derrière lui que désert et désolation !
Pour les poissons exterminés par millions de tonnes tout comme pour les oiseaux pourtant maîtres du ciel, il faudra attendre des jours meilleurs pour que leur sort s’améliore un tant soit peu… et, vu l’intérêt que suscite l’écologie dans les hautes sphères -celles-là même qui gouvernent le monde- cela risque hélas de prendre encore un peu de temps…

Assurément, nous sommes loin, très loin de la légendaire sagesse amérindienne !

« Si nous décidons d’accepter votre offre, vous devez traiter les animaux de cette terre comme vos frères. Qu’est-ce que l’homme sans animaux ? S’ils disparaissaient tous, l’homme mourrait d’une grande solitude d’esprit. Car, ce qui arrive aux animaux arrive bientôt à l’homme. Toutes choses se tiennent. La terre n’appartient pas à l’homme : c’est l’homme qui appartient à la terre. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il n’en est qu’un fil, et tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même… ».

Extrait de la déclaration du Chef Seattle, chef des tribus Duwamish et Suquamish, en 1854 devant le gouverneur Isaac Stevens.

  1. Selon une énième étude, ces petits poissons qui représentaient dans les années soixante environ 8 % des prises seraient aujourd’hui passés à près de 37 % !
  2. Chercheur à l’IRD (institut de recherche pour le développement) et coauteur d’une étude financée par la Fondation Lenfest.
  3. L’ensemble des petits poissons (sardines, harengs, anchois…) servant à fabriquer l’alimentation des poissons d’élevage appelé ainsi en référence à la paille distribuée aux vaches (Marielle Court dans « la pêche des petits poissons sur la sellette » (10 avril 2012).
  4. Le premier Sommet du genre date de… 1972 à Stockholm (Suède). Le dernier (Rio+20) s’est tenu pour la seconde fois à Rio de Janeiro, en juin 2012…

Fin de l’article de Jean-Louis Schmitt


Voir aussi :

arte THEMA
Océans : Les Poubelles Radioactives
Film Documentaire Complet 2013 VF

Réalisation : Thomas Reutter et Manfred Ladwig
Origine : SWR

Regarder la vidéo sur YouTube :
https://www.youtube.com/watch?v=ExeyMRf4Jec

Résumé du film et commentaires d’internautes :
http://www.arte.tv/guide/fr/046923-000/oceans-poubelles

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