Pêche en eaux profondes : un authentique désastre pour la biodiversité !

Vivre en Harmonie

Février 2014

POINT DE VUE

Pêche en eaux profondes : un authentique désastre pour la biodiversité !

par Jean-Louis Schmitt

Malgré une considérable mobilisation, les élus européens ont rejeté le projet d’interdire la technique de chalutage profond ! Pourtant réputée très dévastatrice, cette pêche aveugle peut donc se poursuivre tranquillement et détruire inexorablement les quelques fonds marins encore intacts…
Les lobbies et les armateurs français peuvent se frotter les mains : rien ne les empêche désormais de racler les fonds et, au passage, d’y anéantir toute vie qui s’y trouvait encore vaguement à l’abri ! L’énorme succès de la B.D. de Pénélope Bagieu [1] et l’intense combat de Claire Nouvian à travers son association Bloom [2] n’auront, hélas, pas réussi à rallier une majorité d’élus à la cause des poissons des eaux profondes…

Plus de 800 000 signataires en quelques semaines seulement…

La pétition lancée par Pénélope Bagieu sur son blog, illustrée avec talent par une bande dessinée incroyablement ludique et accessible à tous les âges, a considérablement servi cette éminente cause pourtant ignorée par le plus grand nombre ! « Pénélope Joliecœur » aura largement contribué à faire connaître ce qui se trame quotidiennement dans les abysses marins, si mal connus et non moins déjà bien mal en point !
En effet, relativement épargnés de l’exploitation humaine auparavant, voilà une trentaine d’années que les océans profonds subissent des assauts répétés et des destructions systématiques en règle et en dépit de tout bon sens ! La plus élémentaire logique voudrait que l’on ne touche tout simplement pas à ces milieux dont la faune présente des caractéristiques biologiques très particulières : » une longévité extrême (bien souvent supérieure à 100 ans), une croissance lente, une maturité sexuelle et une reproduction tardives, une fécondité faible et une résilience globalement réduite…
Bref, les poissons profonds sont les éléphants des océans. Comme pour les troupeaux d’éléphants, la biomasse des poissons profonds peut être importante à certains endroits, mais les premières captures suffisent parfois à décimer un stock pour plusieurs décennies ou siècles… » [3].

Or, après avoir épuisé les ressources dans les eaux de surface, « les flottes de pêche industrielles se sont tournées vers les grands fonds pour trouver la ressource qui leur faisait défaut. Cette logique inexorable de la surexploitation des ressources et de la destruction des milieux connaît un épisode particulièrement douloureux dans les grandes profondeurs car là, plus que n’importe où, existe un contraste violent entre l’immense efficacité technologique de l’outil industriel et l’excessive vulnérabilité de la faune et de l’environnement. La pêche en eaux profondes met en jeu le monde de la rapidité contre celui de la lenteur, le profit à court terme réservé à quelques-uns contre le bénéfice à long terme pour tous » [4].
De fait, les filets de la flottille de navires-usines, agissant sur zone, raclent méticuleusement les fonds jusqu’à quelque 2 000 m de profondeur… Après leur passage, il ne reste rien ou pas grand-chose et cela hors de la vue de tous témoins éventuels ! Voilà qui est en soi criminel…

Un gaspillage inouï intolérable

La destruction des fonds marins est une authentique catastrophe qui se poursuit bien à l’abri des regards et, qui plus est, avec la bénédiction des pouvoirs publics !
Cette destruction est évidemment dramatique et irremplaçable puisqu’on anéantit en quelques minutes ce que la nature a construit en quelques 3 milliards d’années d’évolution ! Il est par ailleurs intéressant de souligner que la plus grande partie de ce qui se retrouve dans les chaluts – non sélectifs bien évidemment -, qui sont remontés à la surface, ne présente aucun intérêt  » commercial  » et est donc systématiquement balancé par-dessus bord ! Qu’il s’agisse de coraux ou d’espèces animales rares [requins, poissons…], on les rejette pour ne garder que quatre espèces ayant un intérêt économique intéressant [légine, lingue bleue, grenadier de roche et sabre noir] ! Le gâchis s’avère donc monstrueux et parfaitement inacceptable.

Intermarché, grand et principal ordonnateur de ce désastre !

La flotte d’Intermarché, seul et unique distributeur français à être également producteur, s’avère également être la première flotte de pêche française ainsi que la première flotte de pêche en eau profonde de France !
La responsabilité du groupe – avec ses 16 navires dont 14 chalutiers – est donc considérable dans le drame mis en évidence par des associations comme Bloom !
Il faut également savoir que des organismes comme la Scapêche (Société Centrale des Armements Mousquetaires à la Pêche) ou Euronor – qui font partie du groupe Intermarché – « touchent de très importantes subventions publiques de la part de l’UE et de l’État français au titre de la construction, modernisation ou sorties de flotte de navire. Ainsi, les aides perçues par le segment de flotte pêche profonde du groupe Intermarché s’élèvent à 9,7 millions d’euros entre 1996 et 2008 » [5].

Quelles solutions ?

Le boycott des poissons d’eaux profondes [sabre noir, lingue bleue, siki (nom commun de petits squalidés), sébastes, saumonette, grenadier, empereur, hoki (ou merlu à longue queue), flétan du Groenland …] est certes un préalable indispensable ! Pour autant : ne plus acheter et évidemment consommer ni poissons ni viande, afin de ne contribuer d’aucune manière que ce soit à tous ces crimes perpétrés quotidiennement contre les animaux et la planète, est assurément encore bien mieux…

  1. http://www.penelope-jolicoeur.com/2013/11/prends-cinq-minutes-et-signe-copain-.html
  2. http://www.bloomassociation.org/BLOOM France 27 rue du Faubourg Montmartre 75009 ParisTél : 01 44 83 09 54 contact (_AT_) bloomassociation.org
  3. Claire Nouvian – Pourquoi il faut se mobiliser contre la pêche en eau profonde !
  4. Ibid.
  5. Ibid.

Fin de l’article de Jean-Louis Schmitt.

P.S. :
Nous avons rajouté du gras dans le dernier paragraphe du texte de l’auteur.


Voir aussi :
http://credopigeons.fr/2013/11/24/arretons-de-vider-les-oceans/
http://credopigeons.fr/2013/11/25/arretons-de-vider-les-oceans-suite/

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