Elevages intensifs… même en bio !

Vivre en Harmonie

Mars 2014

POINT DE VUE

Elevages intensifs… même en bio !

par Jean-Louis Schmitt

Longtemps totalement réfractaires au bio, nombreux sont les éleveurs et les coopératives, flairant un filon juteux, à avoir néanmoins franchi le pas et demandé leur certification en élevage biologique ! Passer du conventionnel au bio et du bio au conventionnel ne dérange nullement ces opportunistes prêts à tout pour surfer sur les vagues des marchés et répondre aux besoins sans cesse croissants de la grande distribution…

Bio et philosophie…

Inutile de chercher une quelconque éthique dans ce genre de comportement, vous risqueriez de perdre un temps considérable ! En revanche, pour les petits malins en question, c’est le jackpot ! Profitant d’une part d’aides financières gouvernementales accordées à l’installation en agriculture biologique et, d’autre part, de facilités et d’aides diverses octroyées largement par les coopératives auxquelles ils adhèrent très logiquement, la filière devenait pour le coup on ne peut plus intéressante… Les affaires étant les affaires, les professionnels concernés mettent bien volontiers un mouchoir sur la moralité censée être la leur. Et c’est ainsi que l’on voit apparaître de plus en plus d’élevages bio… intensifs !
Voilà qui est évidemment antinomique, mais n’étant pas à une contradiction près, les intéressés se fichent autant d’une certaine probité qu’ils ne se soucient de bien-être animal!
Vous pensiez que l’élevage biologique, à l’opposé de celui, concentrationnaire, était à échelle humaine avec des poules ou des poulets vaquant du matin au soir dans de belles prairies verdoyantes ? Il vous faudra revoir vos belles utopies et y intégrer ce qui, manifestement, mène la danse : l’économie et les marchés !
Nulle place, dans cet univers-là, pour l’amateurisme ou le bricolage : comme dans les élevages dits « conventionnels », on accumule donc les bâtiments qui, s’ils sont limités dans le nombre d’animaux qu’ils sont susceptibles d’accueillir, ne le sont pas dans le nombre de structures elles-mêmes ! Ainsi, un éleveur « bio » peut-il installer sur ses terrains trois, quatre, cinq ou même davantage de hangars pouvant contenir chacun 3 000 poules lorsqu’il s’agit de pondeuses… Comme pour les élevages non bios, les poussins livrés sont évidemment vaccinés et subissent des traitements antiparasitaires tout au long de leur brève existence… L’épointage du bec, pratique que l’on pensait naturellement proscrite en élevage bio, est parfaitement autorisé (à condition d’être pratiquée -notez la subtile et délicate précision- avant l’âge de 10 jours) !

Face aux besoins grandissants de la grande distribution en produits bios, des grands groupes –tel Duc– se lancent à leur tour dans la production bio, convertissant des dizaines d’éleveurs conventionnels moyennant quelques aménagements de façade ! Ainsi, « pour être en position de force, les coopératives rachètent les abattoirs, les usines d’alimentation et contrôlent l’approvisionnement en céréales. Terrena, la coopérative du grand Ouest, a déjà acquis à la fin des années 1990 le leader français du poulet bio, l’entreprise Bodin, et gère la marque Gastronome. L’Union française d’agriculture biologique, l’une des entreprises historiques de la bio, appartient désormais à la coopérative bretonne Le Gouessant. Agribio Union, union des coopérateurs spécialisée dans la collecte de céréales et d’oléagineux du Tarn, est contrôlée par Euralis… (1) » De quoi véritablement en perdre son latin et, pour le consommateur, de se faire rouler… comme toujours !

Mais, ce n’est pas tout ! Comme on peut s’en douter, l’enjeu majeur de cette guerre commerciale est l’alimentation des volailles, qui constitue la principale dépense des éleveurs ! C’est donc un marché juteux qui connait une progression de quelques 20% par an ce qui, on s’en doute, ne laisse aucun groupement professionnel indifférent.

Flou artistique quant à la provenance des diverses céréales.

Si une partie des céréales est bien produite par les éleveurs sur place, cette production est intégralement revendue aux coopératives qui, en retour, se chargent d’approvisionner l’ensemble des éleveurs affiliés en alimentation prête à l’emploi : on y trouvera certes les céréales produites localement mais également et surtout des produits importés (maïs d’Italie, soja d’Amérique latine ou de Roumanie par exemple…). Ainsi est-il notoire que la plus grande partie de soja importé provient du Brésil où il est cultivé dans de gigantesques exploitations de plusieurs milliers d’hectares… Exploitations détentrices certes d’une labellisation bio mais, pour autant –comme au Mato Grosso- situées dans des zones ayant été préalablement presque intégralement déboisées ce qui, d’un point de vue éthique, est pour le moins contestable !
Toujours concernant les importations, on pourrait également rappeler le cas de ce soja [pourtant lui aussi dûment certifié…] en provenance de Chine qui s’était finalement révélé être contaminé à la mélamine (2)… C’était en novembre 2008 ! Dès que la contamination fut éventée, le soja incriminé a naturellement été retiré du marché et les importations suspendues… Mais, le mal était fait et la confiance s’en était très logiquement trouvée fortement affectée !

Mais, pourquoi du soja pour les poules ?

Dans les fermes de mon enfance, autant qu’il me souvienne, la basse-cour était nourrie de grains d’ailleurs distribués avec parcimonie ! Pour le reste, la volaille, circulant librement dans les cours, les prés et vergers attenants, se débrouillait et recherchait tout au long du jour sa pitance en grattant le sol, en inspectant le moindre recoin pouvant cacher un vermisseau, une larve, un ver de terre… Poules, canards, oies et autres dindes n’avaient aucune espèce de carence et certainement aucun manque de protéines ! Puis, brutalement, les choses ont « évolué » : on s’est mis à enfermer les volailles dans des hangars et à choisir pour elles l’alimentation qui leur profiterait le mieux ! Entendez par là : celle qui les ferait grandir le plus vite possible ! L’ère des élevages intensifs était née…
Afin de répondre aux demandes croissantes de la grande distribution, il fallut produire toujours plus et toujours à moindre coût ! Les coopératives aussi étaient apparues et s’occupaient de tout, tant au niveau administratif que concernant l’approvisionnement en aliment…
Le paysan était devenu «exploitant» et ne gérait quasiment plus rien lui-même !
Ainsi, n’avait-on aucun mal à convaincre les éleveurs du bien-fondé et de la modernisation indispensable qui était en marche. De même leur proposait-on de l’alimentation prête à l’emploi dont ils n’avaient pas la moindre idée ni de la composition ni de l’origine… Les techniciens avaient soigneusement concocté les mélanges donnant les meilleurs résultats quant à la croissance des oiseaux et, tout le monde était censé y gagner !
Le soja étant une plante extrêmement riche en protéines [avec une composition proche de celle de la viande] et les farines animales ayant été interdites suite à la crise de la « vache folle », les fabricants d’aliments se sont tout naturellement tournés vers cet oléagineux quasi providentiel ! Notre pays n’en produisant guère ou très peu, il fallait instamment en importer…
Désormais, nous en sommes là : engoncés dans une dépendance dont le pire est que personne ne semble vouloir s’en affranchir ! Cette demande conditionne fatalement les destructions que l’on connait –telles celles monstrueuses du Brésil qui ne sont, loin de là, pas les seules…- mais, comme ces drames se passent loin et hors de notre vue, on ne s’en soucie guère : du moment que le prix du kilo de viande de poulet reste à un taux abordable, il faut bien reconnaître que le consommateur-usager des hypermarchés ne se soucie guère de ces considérations qui concernent directement son pouvoir d’achat…

Ces considérations, ce sont évidemment les terribles drames « là-bas », dans les pays producteurs de céréales, mais aussi et ce n’est pas anodin, des conditions animales abominables dans des milliers de bâtiments usines qui fleurissent un peu partout… Ce n’est pas rien !
On pensait à juste titre l’agriculture et l’élevage biologiques au-dessus de tout cela et, en fait, on s’aperçoit qu’il n’en est rien : comme pour le conventionnel, le marché dicte ses lois impitoyables !
Après « l’agriculture raisonnée », voici donc que fleurit celle dite « écologiquement intensive »…

Avouez que ça fait bigrement froid dans le dos !

A suivre…

(1) Extrait du livre « La bio entre business et projet de société » sous la direction de Philippe Baqué (Editions Agone 2012).

(2) Voir à ce propos « Les bébés chinois, la mélamine et la mélanine » :

http://sciences.blog.lemonde.fr/2008/09/22/les-bebes-chinois-la-melamine-et-la-melanine/

Rappel

Marquage des œufs :

  • Code 3 : en cage (c’est le cas de 80% des pondeuses)
  • Code 2 : au sol
  • Code 1 : en plein air
  • Code 0 : bio (à privilégier pour le moment… à défaut de mieux !)

Alternative : Se passer d’œufs est le plus sûr moyen d’éviter des souffrances inutiles :

http://www.l214.com/marquage-etiquetage-oeuf#alternatives

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