A votre bon coeur ! Contre l’interdiction du nourrissage de la faune en ville

Photo d'un cygne blanc sur un lac. © 2014 JLS

Cygne blanc sur un lac.
© 2014 JLS

A votre bon cœur !

par Jean-Louis Schmitt

Cet article a été publié dans le magazine « SPA DE STRASBOURG – 2014  », Rubrique Civisme pp.38 et 39.

En octobre dernier, un article de notre quotidien régional [1] se faisait l’écho d’une campagne de sensibilisation visant à « expliquer les effets néfastes du nourrissage [de la faune en ville] en termes de biodiversité et de cadre de vie ». S’il est évident que certains comportements sont à éviter voire même à proscrire, peut-on pour autant défendre aux riverains de porter aide et assistance à des animaux souvent déjà bien durement malmenés et ce a fortiori en période hivernale ?

Si les arguments avancés [pour justifier cet appel à un certain « civisme »] présentent lesdits nourrissages comme de quasi-actes de délinquances mettant tout bonnement la sécurité et la santé de la population en péril, on peut s’interroger à juste titre sur les motivations réelles d’une telle diatribe ! Certes, cela ne fait aucun doute, la présence d’une certaine faune en milieu urbain dérange une catégorie d’habitants : en raison des gênes ou des dégâts [d’ailleurs réels ou supposés] qu’elle engendre. D’aucuns n’hésitent pas à monter au créneau pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme des actes jugés tout bonnement déviants !

Ainsi, le fait de nourrir la faune urbaine équivaudrait-il désormais ni plus ni moins au non-respect des règles sociales édictées ?

Si l’on peut certes comprendre l’exaspération ce ceux qui n’aiment pas les animaux, ceux qui, au contraire, apprécient leur présence et se dévouent pour les aider tout particulièrement lors de la mauvaise saison, ont beaucoup de mal à comprendre cette nouvelle fronde qui les désigne comme d’authentiques fauteurs de troubles et estiment que les dommages imputés à la faune sont très largement exagérés et, non moins ignominieusement exploités !
Mais, ne dit-on pas que « quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage » ?

Sans mettre en doute le bien-fondé des désagréments et de certains dégâts bien réels, il conviendrait peut-être pour autant de ne pas voir que les aspects négatifs d’une cohabitation Hommes/animaux et d’évaluer également très objectivement ce que la présence de ces derniers apporte concrètement aux citadins !

A contrario, ne faudrait-il pas réfléchir sur tout ce que l’Homme fait quotidiennement subir aux autres créatures ? En effet, chaque jour, l’urbanisation avance un peu plus. Chaque semaine ce sont des dizaines d’hectares de terres qui disparaissent sous les assauts des bulldozers et sont transformées en immeubles, parkings, routes, autoroutes, LGV, zones commerciales et industrielles [2]… Quelle place accordons-nous réellement à cette faune qui, en fait, n’a que deux solutions : se battre tant bien que mal pour survivre là où elle peut encore subsister ou… disparaître, tout simplement ?
Qui sommes-nous donc pour nous octroyer ainsi le droit de vie et de mort sur les autres espèces ?

On nous parle régulièrement de « progrès », de « développement » – qui, plus est serait « durable » -, sans oublier une petite et indispensable référence à « l’environnement » ou la « biodiversité »… De bien jolis vocables en vérité qui sont loin d’être innocents car, en leur nom, on abat, on tronçonne, on bétonne, … poussant toujours les animaux un peu plus loin vers la sortie, celle qui « nous » laisserait enfin le champ libre, débarrassé de tous ces indésirables !
Ne faisons-nous pas fausse route ?

Le vrai progrès ne résiderait-il pas dans le fait que nous acceptions réellement de partager ce qui, de toute manière, ne nous appartient d’aucune manière mais que nous considérons pourtant comme notre bien absolu : la nature – ou ce qui désormais en reste !
Nous voyons et nous nous révoltons – à juste titre d’ailleurs – quant aux saccages perpétrés dans de lointaines forêts primaires ou secondaires ! Nous condamnons sans réserve les pollueurs qui s’en prennent à des terres vierges, chassant les indigènes et détruisant leur habitat ! Nous nous indignons lorsque, sous des prétextes aussi futiles qu’erronés, sont massacrés les derniers tigres de la planète… [3].

Et ici, chez nous ?

Paradoxalement, trop rares sont les voix qui s’élèvent pour faire barrage par exemple aux captures de pigeons en ville où d’aucuns les accusent d’être responsables de moult désagréments !

Pourtant, voilà l’illustration concrète d’une aberration qui, d’années en années, se renouvelle sans que jamais, semble-t-il, les décideurs ne remettent en cause le bien-fondé ou la pertinence de ces opérations cruelles et profondément choquantes !
Si ces campagnes de capture ont, manifestement, un coût considérable et qu’en ces temps tout particulièrement troubles, il conviendrait de cesser tout gaspillage d’argent en l’occurrence public de telles gabegies n’étant évidemment plus que jamais inacceptables…- il va sans dire que, d’un point de vue strictement moral, les captures en question et la mise à mort de centaines de volatiles qui s’en suit inévitablement n’ont naturellement jamais été admissibles !
Politique et éthique seraient-ils de fait totalement antinomiques ?

D’autres méthodes de limitations des populations existent et les associations de protection animale font, à ce titre, un travail de terrain et de sensibilisation tout azimut considérable ! Comme pour tous les autres problèmes [« prolifération » des corvidés, multiplication et reproduction incontrôlée des chats errants, dégâts matériels causés par les ragondins etc.], les seules bonnes volontés ne suffisent hélas pas pour les endiguer et les régler durablement !

Sans réelle politique volontariste dans le sens du partage et d’un « mieux vivre ensemble », rien ne sera vraiment possible. Mais, pour en arriver à une cohabitation homme/animal qui serait somme toute idéale, les états d’esprit se doivent d’évoluer : la pédagogie ne devrait dès lors pas se borner à inciter les riverains à ne pas nourrir la faune urbaine mais, au contraire, à la respecter et, en toute logique, lorsque la situation l’exige, à lui porter secours !

Il en va de notre statut d’être humain et de ses capacités à éprouver de l’empathie et de porter assistance à ses pairs dans le besoin et dans la tourmente tout comme il convient de le faire pour toutes les autres créatures qui nous entourent.
Dès lors, n’écoutons que notre cœur et… agissons en conséquence !

  1. Edition des DNA du 15 octobre 2013 (Faune en ville – Nuisible nourrissage)
  2. En France, 168 hectares disparaissent chaque jour sous l’asphalte et le béton, soit l’équivalent de la superficie d’un département tous les sept ans.
  3. Lire à ce propos l’excellent ouvrage de Louis Bériot « Ces animaux qu’on assassine » (au Cherche-Midi).

Fin de l’article de Jean-Louis Schmitt.

Remarques :
– Nous avons rajouté du gras et de la couleur bleue dans le texte de l’auteur. Seul le premier paragraphe était écrit en caractères gras.

– Les pigeons ne sont apparemment pas exterminés par centaines mais par milliers.

– Merci de lire également la lettre très intéressante de Marc MICHEL intitulée « Mise au point sur la place de l’animal dans la ville » :
http://credopigeons.fr/2013/11/11/place-animal-ville/

Photo de chats de race européenne (2 roux et 2 noirs). Copyright 2014 JLS

Chats de race européenne (2 roux et 2 noirs).
© 2014 JLS

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