La ferme des 1000 vaches !

Vivre en Harmonie

Avril 2014

POINT DE VUE

La ferme des 1 000 vaches !

par Jean-Louis Schmitt

En soi, l’appellation est déjà trompeuse : il n’y a pas plus de ferme dans ce projet qu’il n’en subsiste réellement qui soit digne de ce nom ou alors, il faut bien chercher pour dégoter quelque réfractaire au système, attaché à des méthodes de travail quasi antiques… ce qui, d’ailleurs, fait bien rigoler la profession qui ne jure que par la démesure, le gigantisme, le High-Tech, le « toujours plus »… ! En l’occurrence ce n’est donc pas d’une charmante et bucolique petite exploitation agricole –avec sa modeste chaumière et ses bâtiments abritant veaux, vaches, cochons et couvées, le tout entouré de prés et de cultures…– dont il est question ici !
De même, le chiffre de 1 000 vaches –certes déjà faramineux– est également inexact puisque le projet visé pourrait en réalité compter bien plus d’animaux…

Alors, concrètement, de quoi s’agit-il ?

Projet vaguement fou d’un puissant et influent patron nordiste du BTP, « la ferme des 1000 vaches » cristallise pas mal de mécontentement du côté d’Abbeville [dans la Somme]. En cause : des bâtiments démesurés [dont certains sont déjà en place, d’aucuns conformes au permis de construire, d’autres non…], des animaux qui y seront confinés leur vie durant sans jamais fouler l’herbe d’un pré –1 000 vaches laitières et quelque 750 veaux– et qui seront exploités de manière intensive [cela coule de source…] pour le lait et la viande et un gigantesque méthaniseur avec les épandages massifs de boues résiduelles qui vont avec…
Précautionneux, Michel Ramery, le promoteur du projet, déjà propriétaire par ailleurs d’une ferme de 200 vaches à Airaines, non loin d’Abbeville, habitué à tout obtenir des politiques, avait préalablement pris soin de convier les élus du coin à un voyage de découverte en Allemagne où existent de pareilles infrastructures géantes : de quoi en épater plus d’un et de s’attirer les faveurs des quelques éventuels timides récalcitrants…


La colère gronde !

Néanmoins, dès 2011, l’opposition s’organise localement avec notamment la naissance de NOVISSEN (1) ! Puis, la Confédération paysanne s’en est mêlée : il est vrai que le projet en question n’est pas seulement destructeur de l’environnement, terrifiant pour les bêtes mais, symbole criant de l’élevage productiviste ou encore de l’agrobusiness qui signifie la ruine et la disparition à terme de nombreuses petites exploitations…
Qu’à cela ne tienne : lors de l’enquête publique et malgré les centaines de contributions hostiles au projet qui y sont mentionnées, le commissaire-enquêteur donnera un avis favorable : c’est dire combien on tient compte de l’avis de la population !
Dans la continuité logique, le préfet prend un arrêté qui autorise la construction de « la ferme » mais, coup de théâtre : pour 500 vaches seulement ! Sur place, personne n’est vraiment dupe : chacun sait pertinemment qu’une fois « l’usine » lancée, elle pourra être agrandie à souhait et sans grande difficulté administrative…

Aussi, NOVISSEN redouble d’activité : débats, pétitions et manifs se succèdent ! L’affaire commence à faire grand bruit et plus uniquement dans la Somme… Une opération commando organisée par la conf (2) se rend nuitamment sur le chantier pour y peindre une banderole hostile géante et, au passage, subtiliser quelques pièces vitales des engins sur place tout en dégonflant quelques pneus dans la foulée… Ramery et ses acolytes évoquent des actes de terrorisme –pas moins– et portent plainte ! Des gardes à vues suivent… Pas de quoi calmer pour autant les opposants de plus en plus remontés !
Le bras de fer se poursuit avec notamment des photos aériennes [prises par un des vice-présidents de NOVISSEN] qui montrent très clairement que les promoteurs du chantier ne respectent pas le permis de construire et « débordent » allègrement des autorisations par l’installation de bâtiments non réglementaires ! Cela fait vaguement désordre et, bien que traînant les pieds, le préfet est bien obligé de faire un rappel à l’ordre à Ramery…
Entre temps, l’association NOVISSEN pointe un autre aspect du problème jusque-là totalement occulté : l’utilisation incontournable et massive de « médications chimiques préventives ou curatives » (3) que nécessite une telle exploitation ! « La concentration en un même lieu de tant d’animaux rend inévitable l’usage constant, massif, de médications chimiques préventives ou curatives. Le résultat est inscrit dans le projet, et pour ne prendre que l’exemple des antibiotiques, il est catastrophique. Au plan mondial, 50% des antibiotiques produits sont destinés aux animaux, pour l’essentiel d’élevage, entraînant mécaniquement des phénomènes de résistance et l’apparition de souches microbiennes potentiellement meurtrières. Ce qu’on appelle couramment l’antibiorésistance… » (4). D’une manière ou d’une autre, ces produits se retrouveront tôt ou tard dans la nature !

Création d’emplois ?

Comme toujours lorsqu’il est question de projets de ce type, on argue d’hypothétiques créations d’emplois que génèrera immanquablement une aussi belle et noble réalisation ! On peut raisonnablement en douter… A ce propos, voici le commentaire de la Confédération paysanne : « Ce type d’implantation signe la fin du monde paysan : avec ce modèle, combien d’élevages laitiers seront encore nécessaires en France en 2020 ? Le calcul est simple : 2 500 à la place de 70 000 ! ». Dans le cas de « la ferme des 1 000 vaches », c’est une dizaine d’emplois tout au plus qui pourraient être créés… en supprimant par ailleurs de nombreuses petites exploitations devenues non-rentables et en mettant une cinquantaine de petits producteurs sur le carreau ! C’est ballot, non ?

Et les épandages ?

Autre problème de taille : que fera-t-on des 40 000 tonnes [par an !] de résidus qui n’auront pas été transformés en gaz grâce au méthaniseur ? Il reste l’épandage bien sûr… Sauf que : « Ramery aurait besoin de 3000 hectares pour épandre son digestat, et il n’en a probablement que la moitié. Où ira donc le digestat ? » (5). Le projet est plus que flou sur cette question pourtant essentielle ! Il y a bien d’autres points obscurs encore tel l’approvisionnement de ce fameux méthaniseur justement ! En effet, selon l’arrêté préfectoral autorisant l’ouverture, « La capacité maximale de traitement du méthaniseur est limitée à 19 150 t/an pour les déchets agricoles de l’exploitant et à 13 050 t/an pour les déchets extérieurs, soit un total maximal de 32 200 t/an. Les apports extérieurs traités par le méthaniseur ne pourront excéder en aucun cas 41% du total »…

De quoi exactement seront constitués les fameux « déchets extérieurs » ? Que nous cache-t-on encore ?

Pas de doute : la » ferme des 1 000 vaches », on en reparlera ! En attendant, si vous ne l’avez pas encore fait : soutenez NOVISSEN, ça urge !

  1. L’association NOVISSEN (acronyme de NOs VIllages Se Soucient de leur Environnement, prononcer  » Nos vies saines ! « ) a été créée le 17 novembre 2011 : http://www.novissen.com/
  2. Pour Confédération Paysanne
  3. En clair des antibiotiques, des anthelminthiques, des anticoccidiens, des douvicides, des hormones, des vaccins, etc.
  4. Confer : Planète sans visa, blog de Fabrice Nicolino http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=1677 (Les 10 embrouilles des 1 000 vaches, 23 janvier 2014)
  5. Ibid.
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