Toujours la rage… de Tuer !

Vivre en Harmonie

Mai 2014

POINT DE VUE

Toujours la rage… de Tuer !

par Jean-Louis Schmitt

Chaque année, des milliers d’animaux sont massacrés sous prétexte de figurer sur la liste, très officielle et dûment établie par l’administration, des animaux prétendument «nuisibles» !
Cette classification d’un autre temps constitue en réalité un prétexte abject pour s’en prendre à des bêtes dont le seul tort est, précisément et tout simplement, d’essayer de survivre…

La notion de «nuisibilité», pour le moins archaïque et en l’occurrence très subjective, ne sert naturellement que les intérêts des chasseurs et autres piégeurs pour qui cette activité de destruction est, ni plus ni moins, un loisir comme un autre ! Sans trop se poser de questions, ces individus traquent inlassablement blaireaux, pies, corbeaux, sangliers, ragondins… et cela avec la bénédiction expresse des autorités !
Sans rougir, les mêmes individus n’hésitent pas à évoquer le plus sérieusement du monde la sacro-sainte «biodiversité» qu’ils prétendent préserver par tous les moyens possibles… Allez comprendre !

Éternel bouc émissaire

Si la liste des mal-aimés est bien longue et varie d’une région à l’autre, il semble que le malheureux renard fasse quant à lui l’unanimité au sein de ses détracteurs : incriminé de tous les maux – Ah, quel dommage qu’on ne puisse plus l’accuser en plus de véhiculer la rage : voilà qui était bien pratique…– il est impitoyablement pourchassé et presque systématiquement détruit par les porteurs de fusils qui le croisent ! C’est que le supposé «voleur de poules» traîne une terrible réputation…
Qu’importe si, dans la réalité, le renard s’attaque rarement aux poulaillers, préférant de loin se consacrer aux petits rongeurs [dont, soit dit en passant, il consomme quelques milliers par an (1)…]. Qu’importe donc les services réels ainsi rendus à l’agriculteur qui, de toute manière, n’a foi qu’en la faculté des produits chimiques pour se débarrasser desdits destructeurs de récoltes, quitte à nous empoisonner un peu plus chaque jour…
Tout comme d’autres espèces injustement honnies, le renard constitue invariablement une cible idéale a fortiori lorsque, bredouille, le chasseur n’a pas eu son content de sang versé !

Quand la tuerie est érigée en «fête» !

Sous prétexte de «réguler» la population vulpine, certains – décidément bien mal inspirés – proposent depuis quelques années déjà des week-ends – voire une semaine entière – totalement dévolus à la destruction des renards ! Ce fut encore le cas en février dernier, dans le Nord, à l’occasion des «Ch’tis Fox Days» (2).
Le principe de ces rencontres est on ne peut plus simple et machiavélique : il s’agit, durant les journées en question, d’occire le maximum de renards, le tout dans la joie et la bonne humeur, cela va de soi !
Bref, c’est littéralement la fête de goupil qui, déjà considérablement malmené tout au long de l’année, voit des hordes de justiciers armés déferler dans la campagne environnante pour se faire massacrer sans autre forme de procès !

Le prétexte officiel de ces tueries est, bien évidemment, fallacieux et injuste puisque, selon les organisateurs, il s’agit de préserver le «gibier d’élevage» introduit à grands frais et qu’on verrait d’un mauvais œil être victime des prédateurs alors qu’il est bien évidemment réservé aux seuls chasseurs ! Entendez : ceux qui payent leur carte annuelle de tueur patenté…
Avouez que voilà encore une illustration éloquente d’une manière perfide de concevoir la biodiversité !
Le simple bon sens en la matière voudrait que soit unanimement accepté le principe de la prédation naturelle !
Or, le fait de détruire systématiquement certains maillons pourtant indispensables de la chaîne alimentaire crée inévitablement des déséquilibres en série ! Lorsque les renards et autres fouines, blaireaux etc. sont absents, les rongeurs peuvent, en toute logique, proliférer tranquillement !
Mais ce rôle de limiteurs des explosions des populations de rongeurs est délibérément occulté au bénéfice de la protection exclusive des espèces dites «gibier» qui bénéficient de toutes les attentions… Quelle stupide ignorance des mécanismes de la nature où, très logiquement, la survie de chaque espèce dépend de façon intrinsèque de celle des autres…
Mais il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre et, en matière de chasse, cet aphorisme se vérifie hélas au quotidien !

Ainsi, en dépit de progrès timides comme le fait de proposer de bannir officiellement et très logiquement le terme erroné et ô combien impropre de «nuisible», on n’éliminera pas pour autant la bêtise de ces arriérés pour qui un loup restera toujours l’ennemi juré, le redoutable destructeur des troupeaux d’ovins à défaut de dévorer des petites filles, le renard et la fouine la hantise des poulaillers… Ainsi, certaines croyances ayant la vie dure, d’aucuns en sont encore à redouter les chouettes qui, selon ces esprits étriqués, porteraient malheur ! De fait, près de 40 ans après le classement des rapaces en espèce protégée, de sinistres imbéciles continuent à accabler indifféremment les becs crochus de tous les maux et à les persécuter à la moindre occasion !

Mais revenons un court moment dans le Nord où, selon les chiffres officiels, quelque 5 300 renards avaient été piégés en 2012 ! Des chiffres qui, d’après un article très sérieux du Monde (3), seraient «comparables à celui des cinq années précédentes mais en forte augmentation par rapport à ceux observés depuis le début de la décennie…» !
Faut-il pour autant en déduire que, malgré tous ces «prélèvements» qui sont surtout d’immondes massacres, les populations de renards ne seraient nullement en danger et se porteraient même bien ? Bien sûr que non !
Cela peut tout simplement s’expliquer par une mobilisation de plus en plus forte de la part des chasseurs du territoire voulant impérativement la peau de Goupil qui, pour eux, est et restera longtemps encore un authentique malfaisant et, par ailleurs, ce n’est pas anodin, une magnifique occasion de «s’amuser entre copains» lorsqu’il n’y a plus rien d’autre à flinguer ! Car, oui, le renard – tout comme le sanglier, le blaireau, la pie… (4) – constituent tous des cibles inespérées pour ceux qui sont en manque ou frustrés par les périodes de chasse naturellement jugées toujours bien trop courtes !
En ce qui me concerne, l’observation d’un étourneau sansonnet, d’un geai, d’un renard ou d’une fouine me comble autant d’aise que celle d’un faucon ou d’un cerf !
De même, la mort de l’un ou de l’autre, qu’il soit moineau, rapace ou prétendument «nuisible», m’attriste pareillement : lorsque de surcroît la mort est donnée volontairement, violemment et sans aucune raison valable à mes yeux, je ne peux m’empêcher d’éprouver une profonde honte pour cette humanité dont, bon gré mal gré, je fais partie !
Assurément, les nuisibles, les vrais, ne sont pas ceux que l’on désigne un peu vite et à tort mais bel et bien ceux-là même qui, lâchement, incriminent de malheureuses bêtes d’être responsables de causer de quelconques dommages !
Seul l’Homme me semble réellement un danger pour la biodiversité, le reste n’est que machination intéressée et honteux et grotesque paravent !

  1. Le renard consomme des petits rongeurs, surtout des campagnols (principalement du genre Microtus) dans les régions où les lapins sont absents. Un renard assure chaque année à lui seul la destruction de 6 000 à 10 000 rongeurs : c’est donc un véritable auxiliaire de l’agriculture quand on sait que les rongeurs mangent chaque année environ 10% des récoltes. Par contre, il consomme peu de musaraignes et de taupes (elles sont utilisées par les jeunes à des fins ludiques), la présence de glandes odoriférantes chez ces insectivores semblant repousser le renard.
    (Source : http://www.chambon.ac-versailles.fr/science/faune/phy_a/alim/renard.htm)
  2. Organisées par la Fédération des chasseurs du Nord, ces journées de liesse d’un genre bien particulier se sont déroulées les 22 et 23 février dernier…
  3. «Quand la chasse au renard devient une « fête »», Le Monde 15 février 2014
  4. En France, sont généralement considérés comme «nuisibles» les 13 mammifères suivants : belette, chien Viverrin, fouine, lapin de garenne, martre, putois, ragondin, rat musqué, raton laveur, renard, sanglier et vison d’Amérique et 6 oiseaux : corbeau freux, corneille noire, étourneau sansonnet, geai des chênes, pie bavarde, pigeon ramier.
    D’autres espèces peuvent être classées localement sur décision préfectorale sur cette liste rouge des animaux pouvant être «détruits» en toutes saisons et y compris par des moyens parfois très cruels (piégeage…).
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