Ces chevaux qui viennent de loin

Photo de cheval, la plus noble conquête de l'homme. Copyright 2014 JLS

En France, la viande de cheval — la plus noble conquête de l’homme — est de plus en plus consommée…
Photo : © 2014 JLS

Vivre en Harmonie

Juillet-août 2014

POINT DE VUE

Ces chevaux qui viennent de loin…

par Jean-Louis Schmitt

On se souvient de ces images atroces de convois de chevaux décharnés, malingres, mourant de faim et de soif, en provenance des pays de l’Est et à destination tantôt d’abattoirs situés dans le Sud de la France, en Italie ou encore dans d’autres pays limitrophes… On pensait que cela faisait partie du passé, certes bien peu glorieux mais définitivement révolu ! Il n’en est malheureusement rien : ces convois traversent quotidiennement notre pays, transportant de malheureuses bêtes du Nord au Sud (et inversement…) toujours vers le même destin : la mort dans un quelconque abattoir !

De l’autre côté de l’Océan, le sort de milliers de chevaux n’est guère plus enviable ! C’est ce que révèle une enquête effectuée par L214 (1). Les consommateurs européens – et plus particulièrement français – portent une grande responsabilité dans ce scandale…

USA, Canada…

Anciens chevaux de courses, de promenade, de compagnie ou encore de travail, ils sont nombreux à finir leur carrière dans de gigantesques marchés américains où ils sont vendus aux enchères, rachetés par des maquignons parfois pour quelques misérables dollars ! Si les conditions de détention durant ces immenses foires sont généralement très aléatoires de par le manque d’eau, de nourriture et d’un minimum d’abri, si les manipulations sont loin d’être délicates, les transports qui s’ensuivent sont, quant à eux, une terrifiante épreuve supplémentaire.

L214 et Animals Angels (2) dénoncent « des bétaillères souvent bondées » où les chevaux ne sont pas séparés en stalles individuelles : un animal qui glisse et qui chute est, de la sorte, inévitablement piétiné par ses congénères…
Beaucoup de chevaux sont acheminés ainsi vers le Canada (3) pour y être finalement abattus. Ces transports peuvent légalement durer jusqu’à 36 heures sans que les animaux ne bénéficient de la moindre goutte d’eau, ne puissent s’alimenter ou se reposer. Bref, un véritable calvaire avant la fin du voyage.

Bien plus nombreux encore sont les équidés qui finissent dans les abattoirs mexicains (4) ! La réglementation américaine, beaucoup moins contraignante que celle de l’Union Européenne, permet ces interminables transferts qui font que les chevaux endurent des milliers de kilomètres de transports… A l’arrivée, certains auront succombé à la déshydratation ou aux blessures infligées par le voyage car, bien évidemment, aucun soin d’urgence ne leur est prodigué…

Mais, qu’importent aux initiateurs ces « pertes collatérales » puisque le business, au final, s’avèrera toujours très lucratif pour eux !

Argentine, Uruguay… même constat !

Qu’il s’agisse des centres de rassemblement des chevaux, de leur transport vers les abattoirs, de leur chargement et déchargement, de l’attente devant les couloirs de la mort… dans ces pays d’Amérique du Sud, également grands exportateurs de viande chevaline, là non plus, rien n’est épargné à la « plus belle conquête de l’homme » : les rapports des différentes organisations de défense des animaux sont éloquents quant aux maltraitances infligées de bout en bout aux malheureuses bêtes ! « En plus de graves lacunes sur la protection des animaux, il y a aussi un risque élevé de résidus médicamenteux dans la viande de cheval en provenance d’Argentine : la phénylbutazone peut être achetée librement sans prescription vétérinaire. Beaucoup de chevaux volés vendus pour l’abattage sont des chevaux sportifs ou de loisirs qui n’ont jamais été destinés à la consommation humaine. Il est donc très probable qu’ils ont été traités avec des substances qui ne sont pas autorisées pour les chevaux de boucherie (5) ».

« Beaucoup de chevaux aux USA, particulièrement les chevaux de courses et de concours, reçoivent de la phénylbutazone et d’autres produits. Pourtant, dès qu’ils ne sont plus performants, ils sont vendus sur les marchés lors de ventes aux enchères et transportés vers les abattoirs du Canada et du Mexique. Le New York Times a longuement évoqué cette problématique dans ses colonnes en décembre 2012. Un rapport de l’Office alimentaire et vétérinaire de l’Union européenne (OAV) de 2010 souligne que les autorités mexicaines ne peuvent garantir que la viande de cheval exportée vers l’UE est sans résidus médicamenteux. Le dernier propriétaire du cheval (négociant des marchés aux enchères) doit simplement signer un affidavit – genre de déclaration sous serment – attestant que le cheval n’a pas reçu de substances interdites dans l’UE au cours des six derniers mois. Les organismes américains ne s’assurent ni de l’authenticité, ni de la fiabilité de ces déclarations. Elles ne sont pas contrôlées par les autorités mexicaines non plus (6) ».

Pourquoi tous ces supplices ?

Les consommateurs – et les français en sont d’importants… – sont demandeurs de viande bon marché et se soucient peu ou prou de sa provenance. Les grandes surfaces achètent en toute logique au meilleur prix d’importants lots de viande chevaline via des compagnies d’importation généralement propriétaires ou tout au moins associées à des abattoirs américains. Selon ces importateurs et les supermarchés contactés, « les chevaux sont sélectionnés soigneusement et leur origine traçable ». Toujours selon les services consommateurs de ces magasins, les animaux seraient bien traités et les réglementations quant aux transports naturellement scrupuleusement respectées ! Les dossiers, les vidéos et autres documents, rassemblés par L214 durant plusieurs années d’enquête sur le terrain, jettent un sérieux discrédit sur ces affirmations lénifiantes… Une pétition (7) qui sera adressée aux principaux importateurs [Carrefour, Système U, Cora, Leclerc, Auchan, Intermarché, Casino] a rassemblé plus de 120 000 signatures en quelques jours seulement [pétition disponible sur le site de l’association].

Grâce au combat de L214, plusieurs enseignes de la grande distribution aux Pays-Bas, en Belgique et en Suisse ont d’ores et déjà suspendu leurs ventes de viande chevaline issue d’Amérique ou rompu leurs contrats les liant à leurs fournisseurs.

Mais, en France, comme souvent lorsqu’il est question de protection animale, on freine des quatre fers !

  1. L214 Éthique & Animaux est une association de loi 1901 centrée sur les animaux utilisés dans la consommation alimentaire (viande, lait, œufs, poisson), s’intéressant à leurs conditions d’élevage, de transport, de pêche et d’abattage : Association L214 – B.P. 84 – 13721 Marignane Cedex (06 20 03 32 66) contact (AT) L214.com
  2. Animals’ Angels est une association d’ampleur internationale dont les équipes sont installées en Allemagne, en France, en Espagne, au Portugal, en Italie, en Grèce, en Pologne, en Slovénie, en Serbie, en Roumanie, en Hongrie, au Canada, aux États-Unis et en Australie. Les équipes d’Animals’ Angels se consacrent à la protection des animaux durant le transport, en contact étroit avec les autorités (police, vétérinaires, douane), les institutions publiques et les ministères. En outre, Animals’ Angels collabore avec des associations internationales pour la protection des animaux et est membre de la World Society for the Protection of Animals (WSPA) : Animals’ Angels – Rossertstraße 8 – D-60323 Frankfurt am Main – http://www.animals-angels.com
  3. 82 000 pour la seule année 2012.
  4. 110 000 toujours pour l’année 2012.
  5. Cf. dossier « viande de cheval » de L214.
  6. Ibid.
  7. https://www.change.org/fr/pétitions/stoppons-le-calvaire-des-chevaux-en-amérique
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