Exploitants contre nature…

Vivre en Harmonie

Janvier 2015

POINT DE VUE

Exploitants contre nature…

par Jean-Louis Schmitt

Comment l’ignorer : le monde agricole est en crise et le fait savoir, souvent bruyamment et en laissant derrière les démonstrations de force de véritables champs de bataille avec des dégâts se chiffrant à des millions d’euros… Aucune poursuite n’étant engagée contre les manifestants se réclamant de la toute puissante FNSEA, les travailleurs de la Terre se lâchent littéralement en dégradant mobilier urbain, bâtiments publics ou associatifs ou encore sièges de partis politiques ! Le tout, en toute impunité donc…

A l’origine de la colère des agriculteurs entre autres : la « directive nitrate » qui impose aux exploitants des investissements pour limiter la pollution des eaux et une éventuelle prolifération d’algues vertes. Cette directive européenne – qui date tout de même de décembre 1991 – est en cours de mise en place après des années de palabres stériles et autant de reports…

Désormais, après un décret signé en octobre 2011 redéfinissant les règles de transposition de la directive dans le droit français (articles R211-80 et 81 du code de l’environnement), et après que Ségolène Royal se soit prononcée pour une interdiction de « toutes les substances dangereuses » dans l’alimentation, les emballages et les produits de soin, s’exprimant également sur la lutte contre les produits phytosanitaires et les nitrates, les choses étaient censées avancer dans le bon sens !

Il n’en fallait pas davantage pour provoquer la colère du monde agricole qui, une fois de plus, se sent menacé et ne supporte pas qu’on lui mette un quelconque bâton dans les roues… Depuis lors, les déversements de lisier et autre sont monnaie courante avec, au passage, quelques actions coup de poing – comme cet épandage de fumier sur des cars de CRS à Florange… – mais aussi, au passage, des sévices et des brutalités sur des bêtes qui ne sont bien évidemment aucunement responsables de ce qui arrive aux agriculteurs ! Ainsi, à Nantes, ce sont des ragondins qui ont été martyrisés par les manifestants aux cris de : « Les ragondins, c’est comme Ségolène (Royal, ministre de l’Écologie, ndlr) c’est des nuisibles » ! Ailleurs, ce sont des veaux qui, bien malgré eux, ont participé aux démonstrations de force, se faisant trimballer, chahuter, et finalement ont été « offerts » à des édiles s’ils n’étaient pas carrément abandonnés ou, eux aussi, publiquement lynchés… On imagine la terreur de ces malheureux embarqués dans des galères bruyantes et authentiquement barbares !

Partout les mêmes scènes se sont reproduites : si ce n’étaient des veaux ou des poulets, c’étaient des sangliers [encore des « nuisibles »], des vaches, voire même des ânes qui faisaient les frais des excités de la fourche… Partout des feux de paille et de pneus, histoire de rajouter une couche à la pollution, ce qui semble bien être le cadet des soucis de ces fanatiques chevauchant de rutilants mastodontes… Et pourtant, selon les instances agricoles [la FNSEA, encore elle…], ce sont les écolos qui constituent un danger : le président de ce puissant syndicat agricole n’hésitant pas à traiter ces empêcheurs de détruire la nature de « djihadistes verts » (1) !
Si ce n’était aussi grave, cela prêterait à sourire…

Les éleveurs de moutons, autres ennemis déclarés de la nature, sont eux aussi descendus dans la rue, histoire de manifester une nouvelle fois leur profonde haine du loup ! A les entendre, le carnivore sauvage est bien pire encore que tous les autres fléaux qui pèsent sur l’agriculture et l’élevage ! Pourtant, comme le rappelle Gérard Charollois (2), « l’éleveur de moutons n’est pas un doux berger caressant amoureusement ses brebis, animaux de compagnie. Il vend son bétail à l’abattoir, y compris, aux égorgeurs rituels. Il n’aime pas le loup pour des raisons culturelles, comme il n’aime pas l’ours, le lynx, le vautour, la marmotte et même le bouquetin porteur de brucellose. Il n’aime pas la nature, mais uniquement son pâturage, rêvant de faire de la montagne un parc à moutons. (…) Son collègue de la plaine, maïsiculteur ou tenancier de goulags à cochons ou à poulets, n’aime pas le ragondin, le cormoran, le sanglier, le renard, le blaireau, l’étourneau, les corvidés… Lorsqu’il manifeste, l’exploitant agricole massacre allègrement des animaux qui, pour lui, ne sont pas encore des êtres sensibles » !

Et ce n’est pas tout ! Voilà que l’on apprend que les grues cendrées, superbes oiseaux migrateurs qui font régulièrement étape lors de leurs migrations autour du Lac de Der (en Champagne-Ardenne) font débat, elles aussi, au sein des maïsiculteurs locaux ! Très remontés contre ces beaux voiliers dont chaque passage m’émeut systématiquement, « la FDSEA de la Haute-Marne – structure départementale de la FNSEA – vient d’obtenir de la région, gérée par nos bons socialistes, 100 000 euros pour faire face aux « dégâts » créés par les grues, ces barbares des airs. Un monsieur Jean-Louis Blondel, président de cette FDSEA, a même déclaré à l’AFP : « Les nuisances sont surtout dues au nombre croissant de grues qui restent pendant l’hiver, et en cas de surpopulation déraisonnable, il faudrait réguler cette espèce ». On admirera ici l’usage de l’euphémisme. Flinguer, cela s’appelle désormais, chez les tueurs, réguler. » (3)

Voilà une preuve de plus (comme s’il en fallait encore !) qui atteste que nos exploitants agricoles sont non seulement, pour le plus grand nombre, de redoutables pilleurs de la nature mais assurément aussi de dangereux ennemis de la vie, sous quelque forme que prenne celle-ci ! Il n’est ici, vous l’aurez compris, nullement question de ces producteurs bio, qui conservent toute notre estime et notre soutien dans le dur labeur qu’est celui de la polyculture vivrière, respectueuse de l’environnement et de l’homme…, mais bien de ces industriels de la viande et des céréales dont les seules préoccupations sont le rendement et les nombreuses primes et subventions, d’où qu’elles proviennent…

(1) AFP du 29 octobre 2014 : « La FNSEA dénonce les « djihadistes verts » d’un mouvement « bien organisé » à propos du mouvement en action dans le cadre du projet de barrage de Sivens.
(2) Gérard Charollois : président de la Convention Vie et Nature – Mouvement d’écologie éthique et radicale pour le respect des êtres vivants et des équilibres naturels – La Chassagne 19600 Saint-Cernin de Larche
(3) Fabrice Nicolino : Planète sans visa (17 novembre 2014) http://fabrice-nicolino.com

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