Ennemis de la nature !

Vivre en Harmonie

Juin 2015

POINT DE VUE

Ennemis de la nature !

par Jean-Louis Schmitt

On le constate tous au quotidien : la haine de certains à l’égard du monde animal et végétal est véritablement sans limite ! Cette détestation de la nature engendre des comportements parfois lamentables, souvent sordides et toujours totalement irrationnels : les conséquences en sont bien évidemment lourdes pour les espèces visées mais, plus généralement aussi pour l’ensemble des êtres vivants !

Qu’il s’agisse des traitements chimiques et autres épandages massifs de pesticides, insecticides ou tout autre substance censée protéger les cultures – et je ne parle pas uniquement des traitements effectués par les agriculteurs : les jardiniers amateurs ne sont pas en reste pour ce qui est de pulvériser tout et n’importe quoi à des doses largement mortifères ! –, qu’il s’agisse de l’usage là encore largement incontrôlé et ravageur de toutes ces débroussailleuses et autres EDM (engins de destruction massifs), qu’il s’agisse de la destruction des prétendus « nuisibles » qui, au passage, sont condamnés à subir moult sévices avant de trépasser… la liste est décidément bien longue quant aux facultés de destruction de notre espèce !

Bien sûr, comme toujours, chacun a de très bonnes raisons d’agir comme il le fait ! « Bonnes » étant en l’occurrence un qualificatif parfaitement inadapté puisqu’il est question ici de ces comportements certes banalisés – la plupart d’entre nous n’y voient guère de mal – mais pourtant ô combien destructeurs pour notre environnement ! Mais, allez expliquer cela aux intéressés : au mieux vous passerez pour un de ces doux rêveurs, un hurluberlu déconnecté des réalités et des contraintes de notre géniale société… au pire, c’est vous que l’on clouera sans la moindre pitié au pilori pour outrage ou, tout au moins entrave à la liesse générale !
Faites le test : demandez à un de ces utilisateurs frénétiques du pulvérisateur traitant consciencieusement ses petits légumes s’il connait les effets des produits utilisés sur l’ensemble du vivant et pas seulement sur les espèces visées et jugées indésirables ! Combien sont-ils à lire les étiquettes et à s’interroger sur les conséquences de cet acte si anodin consistant à tenter de protéger ses futures récoltes des ravageurs ? Combien sont-ils à se soucier des dégâts sur l’ensemble de la chaîne alimentaire, du sol, de l’eau, de l’air… ?
Les réponses (ou moues dubitatives et incrédules) sont éloquentes de l’incompréhension et du formatage des utilisateurs ! En dépit d’une récente déclaration de l’OMS (1) qui reconnaît désormais « le caractère cancérogène probable ou possible » de cinq produits pesticides dont le glyphosate – l’herbicide le plus utilisé au monde, notamment via le Roundup de Monsanto. « Généreusement » utilisé dans l’agriculture ainsi qu’en agroforesterie et par les particuliers -on constate et c’est pour le moins consternant, que les mentalités sont encore loin de vouloir s’orienter vers un changement positif des comportements ! Bref, en dépit du bon sens, le plus grand nombre préfère continuer à s’empoisonner (ce qui à la limite les regarde) et, c’est quasiment criminel, à entraîner leurs contemporains dans leur autodestruction !

Quand la destruction des prédateurs rime avec l’empoisonnement de la nature !

En Moselle (mais, cela se passe également ailleurs…), afin de préserver les faisans d’élevage destinés à repeupler pour un temps (celui d’avant l’ouverture de septembre !) des territoires préalablement vidés de tout ce qui porte le doux qualificatif de gibier (2), les chasseurs ont consciencieusement « nettoyé » la nature de tout ce qui pourrait être susceptible de s’attaquer à leurs « cocottes » (3) : exterminés donc les renards et, de manière plus générale, l’ensemble des prédateurs naturels !
Le résultat ne s’est pas fait attendre : les rongeurs pullulent !
Afin d’enrayer cette invasion importune, trois communes ont improvisé fin mars une véritable guerre chimique en répandant de la bromadiolone, un poison présentant une toxicité aiguë !
« La bromadiolone a des conséquences néfastes sur l’environnement et entraîne un empoisonnement en cascade des prédateurs de campagnols comme les rapaces, espèces protégées. De plus, cette lutte chimique est contraire aux principes et méthodes de lutte (…) qui préconise de favoriser la présence des prédateurs naturels des campagnols… » déclarent l’ASPAS et Mirabel-LNE dans un communiqué commun à l’adresse du préfet du département (4).
En effet, « La réglementation donne au préfet la prérogative d’interdire l’utilisation de la bromadiolone dans certaines zones, notamment eu égard au risque d’intoxication de la faune tant « commune » que protégée. Parallèlement, une circulaire invite fortement les préfets à reconsidérer le classement « nuisible » du renard dans les zones où des mesures administratives sont nécessaires pour lutter contre certaines de ses proies, et contre le campagnol terrestre notamment. (5) »…

Comme on peut le constater, la bêtise dicte les comportements les plus ineptes sans que pour autant cela n’ébranle le moins du monde la conscience ni des décideurs ni des exécutants de ces basses besognes ! On piège, on tue des milliers de bêtes, on empoisonne l’environnement à tour de bras et tout cela pour quoi ? Le profit bien sûr pour ce qui concerne l’agriculture ! C’est qu’on est, semble-t-il, encore loin ne serait-ce que de vouloir inverser la vapeur… Loin, très loin des déclarations d’intention des ministres successifs de l’Environnement qui n’ont manifestement toujours pas pris la mesure de la catastrophe planétaire que représente l’ensemble des toxiques quotidiennement absorbé par la terre… et ses habitants ! En attendant, Monsanto à encore de beaux jours…
Les chasseurs, eux, refusent de voir plus loin que seulement le bout de leur nez ! De tout temps, renards et autres « puants » ont constitué pour eux des rivaux tout juste bons à être éliminés ! En dépit des connaissances actuelles, il en est toujours – et beaucoup – à considérer les prédateurs qu’ils soient rapaces ou carnivores… comme des intrus et non pas comme d’utiles et légitimes ayants-droit à l’existence alors que, on le sait et les actes le confirment chaque jour : le seul véritable intrus dans cette merveilleuse palette qu’est la nature, est l’homme et, principalement, celui qui se comporte en incorrigible et indécrottable ennemi du vivant !

  1. Organisation Mondiale de la Santé, 20 mars dernier (lire ici : http://www.univers-nature.com/actualite/pesticide-et-cancer-loms-reconnait-enfin-un-lien-probable-67004.html)
  2. « Je me refuse à utiliser le mot gibier, par quoi on anticipe l’assassinat d’un animal, qu’une gerbe de plombs transformera un prochain jour en cadavre pantelant, pour le plaisir bizarre d’un homme qui par ailleurs mange à sa faim. » Guy Féquant dans « Le Ciel des Bergers » (1986)
  3. Terme affectueux par lequel les chasseurs nomment leurs chers faisans destinés à agrémenter leurs sorties pédagogiques dans la nature, le doigt sur la gâchette…
  4. http://www.aspas-nature.org/11537/moselle-la-nature-empoisonnee-pour-le-loisir-des-chasseurs-laspas-et-mirabel-lne-interpellent-le-prefet/
  5. Ibid.
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