Baleines : la chasse « scientifique » du Japon jusque dans l’Antarctique !

Vivre en Harmonie

Février 2016

POINT DE VUE

Baleines : la chasse « scientifique » du Japon jusque dans l’Antarctique !

par Jean-Louis Schmitt

Sous couvert de « collectes d’informations » sur les cétacés, le Japon a démarré une nouvelle campagne de chasse le 1er décembre dernier, bravant ainsi l’interdiction de l’ONU de même que celle de la Cour Internationale de Justice (CIJ) qui, en 2014, estimaient à juste titre que « de telles activités cachaient en fait une chasse commerciale » !

Elle a décidément bon dos, la science, puisque officiellement, c’est en son nom que les instances dirigeantes nipponnes justifient toujours la chasse aux baleines qui, de fait, est interdite depuis 1986 !
Dès l’année suivante, le Japon entamait cependant ce qu’il qualifiait dès lors de manière éhontée de « pêche scientifique » tout en reconnaissant implicitement que, selon des traditions ancestrales, la viande des mammifères marins n’en finissait pas moins dans les assiettes…

Si les vraies motivations de Tokyo ne trompent personne, pour autant l’ensemble des communautés internationales ne condamnent que très mollement –voire pas du tout– la pratique en question ! La Norvège et l’Islande contournent d’ailleurs également allègrement le moratoire sur la chasse à la baleine, ces pays –Japon compris– œuvrant par ailleurs à un lobbying acharné afin de contraindre la CITES (1) à lever les limitations concernant notamment le commerce des petits rorquals ! Entre ces manœuvres à peine voilées et le rachat par les pays « pro-chasse » des voix de pays tiers que l’on encourage à voter en faveur de la reprise de la chasse, on imagine aisément la menace qui pèse sur l’ensemble des animaux marins !

Même dans le sanctuaire de l’océan austral…
L’aire marine entourant le continent Antarctique –environ 50 millions de km²– constitue, en principe, un sanctuaire où la Commission Baleinière Internationale (CBI) (2) a totalement interdit la chasse commerciale à la baleine en 1982 ! Dès le départ, le Japon, la Norvège, l’URSS et le Pérou ont contesté ce moratoire qui sera malgré tout adopté par une majorité des trois quarts des membres de la CBI… C’est là que le Japon sort de sa besace l’argument faraud d’une chasse prétendue « scientifique » qui lui permettra de poursuivre le massacre de cétacés (mais aussi de dauphins) en toute impunité : « The Cove », un film documentaire tourné secrètement en 2007, dénonce ouvertement le laxisme de la CBI que les réalisateurs n’hésitent pas à qualifier de particulièrement complaisante à l’égard des pays qui continuent à piller les océans, sanctuarisés ou non !

Les limites de la « diplomatie » !
Si certains pays (l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis et le Japon notamment) sont convaincus que, pour clore le débat sur la chasse à la baleine dans l’Océan Austral, seule la voie diplomatique est à même de trouver un consensus acceptable par toutes parties, cette solution semble néanmoins avoir largement montré ses limites puisque, à force de parlementer, de négocier, on piétine tandis que, pendant ce temps, la chasse –scientifique faut-il le rappeler ?– se poursuit bien évidemment !
On rejoint là le paradoxe des Parcs Nationaux français où la liste des divers interdits est impressionnante et où, pourtant, on flingue allègrement les loups, espèce pourtant strictement protégée par la Convention de Berne depuis 1994 (3)…
Mais, revenons aux baleines et à leurs pseudo- sanctuaires (4) qui n’en ont hélas que le nom puisque les rorquals s’y font harponner par une flotte japonaise déterminée qui estime «nécessaires» ces prélèvements pour collecter des informations sur l’âge de la population baleinière… On admirera au passage l’hypocrisie et la pauvreté de l’argumentaire qui ne convainc personne hormis quelques rares fervents de la « diplomatie » bien évidemment !

Une tradition qui s’essouffle.
Quoique qualifiée d’ancestrale au Japon, il s’avère que la consommation de viande de baleine n’a plus vraiment la cote au pays du Soleil levant : du coup, on essaie d’encourager les touristes à s’y mettre ! Ainsi, « À Tokyo, les touristes étrangers sont régulièrement invités à manger de la baleine. Une trentaine de restaurants d’Ebisu, situé près du quartier commerçant et branché de Shibuya, participent à un festival gastronomique au cours duquel le chaland étranger est tout particulièrement invité à essayer cette chair blanche ou rouge aux allures de filet de bœuf… » (5).

On apprend dans le même temps que, lors de cette nouvelle scandaleuse campagne, la flotte japonaise a prévu de tuer –en plus des quotas que s’auto-délivrent les États– une cinquantaine de baleines à bosse, espèce pourtant considérée comme menacée par les instances internationales…, lesquelles manifestent poliment mais non moins bien faiblement leur incompréhension… mais, rien de plus !

Autre mystère insondable : en Islande, malgré des millions d’euros de pertes générées chaque année (6), la société Hvalur n’en poursuit pas moins son œuvre de destruction de la faune marine et ce, comme le soulignent certains médias islandais, uniquement « par principe » et par tradition !

Basta : pas de paroles mais des actes…
Des ONG comme Sea Shepherd sont déterminées pour tenter d’empêcher le Japon de mener à bien cette nouvelle campagne de chasse illégale ! Ainsi, le bateau amiral « Steve Irwin » de l’organisation dirigée par Paul Watson a-t-il appareillé dès l’annonce de la reprise des hostilités, signe d’un nouveau bras de fer qui s’engage pour protéger concrètement les baleines autrement que par de longs palabres, du reste parfaitement inutiles ! Du côté de Greenpeace, c’est le navire « Esperanza » qui a pris la mer afin de s’interposer lui aussi et si possible physiquement entre les baleiniers nippons et les cachalots…

Combien de temps encore va-t-on observer les ONG prendre des risques insensés et faire le sale boulot à la place des autorités logiquement en charge de la protection des espèces animales ?

Comble de l’ironie, ces incompétents chroniques ne manquent aucune occasion pour qualifier les militants de Sea Shepherd, de Greenpeace –et de tous les autres empêcheurs de tuer en rond– de hors la loi et éventuellement même de les poursuivre en justice, voire de saisir leurs embarcations et de condamner sévèrement les militants pour leurs « intolérables outrages » !

Cherchez l’erreur…

  1. CITES : Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. https://www.cites.org/fra/disc/what.php
  2. La Commission Baleinière Internationale (CBI), ou International Whaling Commission (IWC), en anglo-américain, est un organisme international créé à la fin de la Seconde Guerre mondiale chargé de réglementer la chasse à la baleine
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_relative_à_la_conservation_de_la_vie_sauvage_et_du_milieu_naturel_de_l’Europe
  4. Pour rappel : sanctuaire de l’Océan Indien et Sanctuaire de l’Océan Austral…
  5. http://geopolis.francetvinfo.fr/japon-les-touristes-invites-a-manger-de-la-baleine-83327
  6. Comme au Japon, en Islande la demande et la consommation de viande de baleine est en baisse sensible…
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