Zoos, préservation des espèces ou prison à perpétuité ?

Vivre en Harmonie

Avril 2016

POINT DE VUE

Zoos, préservation des espèces ou prison à perpétuité ?

par Jean-Louis Schmitt

Il en est des zoos comme des cirques : certains sont parfaitement recommandables et, d’autres en revanche, devraient tout simplement ne pas, ne plus exister…

Lorsque des animaux sauvages sont présentés au public dans des conditions sordides et indignes, il est évident que l’aspect pédagogique régulièrement invoqué pour justifier l’existence des zoos ou autres jardins zoologiques, est sérieusement mis à mal !
Certes –et c’est heureux– de tels établissements tendent à disparaître faute d’avoir su évoluer et s’adapter aux nouvelles exigences –notamment en matière d’espace– et aux attentes des visiteurs de plus en plus sensibilisés aux conditions des bêtes captives…

Pour autant, ne nous leurrons pas : même si c’est un non-sens, la grande majorité des zoos existants se soucient bien plus de l’accroissement de leur chiffre d’affaires que du bien-être des animaux présentés qui demeurent avant tout des « objets » de curiosité. Ce filon est du reste largement exploité par la présentation d’espèces exotiques qui, c’est une autre réalité, ne manquent pas d’attirer un certain public toujours en quête d’insolite et avide d’étrangeté, de nouveauté ou d’inédit !

Zoos et prétendue fonction pédagogique
Selon l’association « Code Animal » –spécialisée dans la relation entre l’homme et l’animal et essentiellement au travers de la captivité (cirques, zoos…)– (1), ce rôle pédagogique est à relativiser considérablement.
Ainsi « Dans un pays où les enfants sont désormais incapables, pour la plupart, d’identifier la moindre des espèces locales, qu’elles soient volantes, rampantes ou à quatre pattes, cet argument pédagogique est utilisé par les enseignants, oubliant au passage les centaines d’espèces végétales et animales que l’enfant côtoie chaque jour sans les connaître. Il est vrai qu’il n’est pas pareil de voir un animal « en vrai » que de le voir en vidéo. Mais voir un animal en vrai, c’est le voir dans son écosystème, c’est-à-dire dans son milieu, entouré des espèces de ce milieu, selon ses rythmes et ses comportements, ce qui n’est pas le cas dans un zoo. Par exemple, qu’apprendra l’enfant face à un ours blanc dans une piscine de verre, une fausse banquise en béton, par 30 °C à l’ombre, mangeant de la viande préparée ? Face aux grands singes confinés derrière des parois de verre, sans arbre, sans herbe, parfois même sans leurs congénères ? Face à une otarie dressée à faire tourner un ballon sur son museau ? L’enfant ne verra qu’une image faussée de l’animal, car dépouillée de son « animalité ». De plus, le mélange constant entre les espèces dans l’aménagement des zoos perturbe la vision géographique de l’enfant. Et les panneaux explicatifs n’y changent rien : ce qui retiendra l’attention de l’enfant, c’est avant tout ce qu’il verra et ressentira à proximité de l’animal. Une perception bien éloignée de la réalité ».

Autre argument régulièrement invoqué par les défenseurs des zoos : leur rôle de sensibilisation du public à la notion de protection animale !
Là encore, on est en droit de s’interroger sur le bien-fondé de l’argumentaire… En effet « exhiber un animal captif contredit la notion d’être vivant doté d’une pensée, d’une sensibilité, d’une liberté, d’une spécificité. Les zoos faussent la perception de l’enfant et cautionnent chez lui l’image de l’animal objet, ce qui va totalement à l’encontre de la notion de respect de la nature et de respect de la vie sous toutes ses formes, notion qui est, par ailleurs, explicitement mentionnée dans les programmes de l’enseignement public… » (2).

Les zoos et la conservation des espèces
On justifie régulièrement les zoos sous prétexte qu’ils participeraient au travail de sauvegarde des espèces ! Voilà un point de vue intéressant qui mérite que l’on s’y attarde quelque peu… Pour autant, « si les espèces sont en danger et disparaissent, c’est avant tout parce que l’homme les a décimées » (3)
En fait, il n’est pas outrancier de dire que l’être humain constitue le pire cauchemar de la nature ! Détruisant chaque jour des milliers d’hectares de forêts sur la planète, chassant et massacrant indistinctement des centaines de milliers d’animaux tant pour leur viande qu’à des fins commerciales, polluant, dégradant les écosystèmes, exploitant la moindre ressource naturelle susceptible de lui procurer quelques devises… l’homme , en tentant de préserver quelques espèces qu’il enferme derrière des grilles ou dans des cages, manque singulièrement de cohérence dans ses attitudes !
La protection des animaux dans leur milieu naturel et, bien évidemment, la préservation effective des habitats constitueraient un progrès indiscutable en la matière ! Pour autant et malgré une prise de conscience pourtant universelle, la tendance générale est, malheureusement, toujours à la destruction et à la fragilisation de l’environnement sur l’ensemble des continents !
Alors, s’il est exact que certains zoos abritent bel et bien quelques espèces dont les populations sauvages et libres sont en danger immédiat d’extinction –si elles n’ont pas déjà disparu–, on peut à juste titre s’interroger sur la finalité de ces « élevages » qui ne pourront jamais être remis en liberté pour la bonne et simple raison que les biotopes susceptibles de les accueillir n’existent tout simplement plus…

Les parcs zoologiques de demain
Condamnés à évoluer ou à disparaître, les zoos de demain devront radicalement se transformer et revoir leur éthique ! Fini en effet le temps où les zoos étaient dans une simple logique de présentation d’animaux exotiques –le plus souvent exhibés dans des conditions déplorables où ce n’était le lion le roi mais le béton–, dépassé désormais aussi celui où les « zoos reproduction » servaient à « produire » du « matériel vivant » destinés à d’autres parcs du même genre. Ces élevages dits « conservatoires » [Conservation ex situ] sont parfois destinés au repeuplement d’espèces menacées…
L’avenir de ces structures sera probablement dicté par d’autres contraintes, voire même des missions d’intérêt général !

Ainsi, le zoo de demain deviendra-t-il peut-être un havre de paix ou un sanctuaire « pour des animaux sauvages détenus illégalement par des particuliers, des cirques ou des établissements zoologiques dans de mauvaises conditions » (4), lieu d’où les grilles auront peut-être définitivement disparu, remplacées par des obstacles naturels (comme des cours d’eau par exemple) donnant davantage l’illusion de la liberté aux animaux captifs… « Les droits de l’animal nous interdiront un jour, peut-être, de maintenir en captivité des bêtes sauvages pour notre seul bon plaisir » (5).

  1. Code Animal : http://www.code-animal.com
  2. Professeur Jean-Claude Nouët, président de la Ligue Française des Droits de l’Animal (LFDA) http://www.fondation-droit-animal.org/rubriqueligue Française des droits de l’animals/connaitr_fond/connaitr_histo_crea.htm
  3. Code Animal : http://www.code-animal.com/
  4. Touroparc : http://www.touroparc.com/le-parc-zoologique/le-role-des-parcs-zoologiques/
  5. http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/03/27/faut-il-encore-des-zoos_4390956_3246.html
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