La chasse endeuille mes balades…

Vivre en Harmonie

Octobre 2016

POINT DE VUE

La chasse endeuille mes balades…

par Jean-Louis Schmitt

C’est peu de le dire, mais la frénésie destructrice de certains et la hargne ainsi que les moyens financiers, que ceux-ci mettent en œuvre pour massacrer de malheureuses bêtes qui ne demandaient pas tant d’attention, me laissent incrédule et gâchent systématiquement mes sorties naturalistes…

Marguerite Yourcenar écrivait pertinemment « La chasse endeuille mes automnes » ! Je partage naturellement cette affirmation à la différence que, depuis belle lurette, cette activité ne se limite plus à cette seule saison, même s’il est vrai que « l’ouverture générale » provoque chaque année une espèce de fureur qui ne fait qu’accentuer le phénomène… et mon dégoût très personnel de ladite « chose » !

En réalité, pour nombre d’animaux, il n’y a jamais le moindre répit ni trêve d’aucune sorte: en effet, contrairement à ce que le plus grand nombre s’imagine, pour les chasseurs il y a toujours une « bonne raison » de sortir armés et, ce, en toute légalité puisque les périodes de chasse sont très élastiques selon les régions et les espèces visées ! Sachant par ailleurs que les prétendus « nuisibles » sont exécutables toute l’année –et même de nuit– et donc susceptibles d’être occis par diverses méthodes comme le tir mais aussi –il y a de nombreux adeptes– par le piégeage, voilà qui laisse aux partisans toute latitude tant en ce qui concerne les périodes que les procédés eux-mêmes !
Bref, il y en a véritablement « pour tous les goûts » et les chasseurs ne s’en privent pas…

Si cette activité endeuille véritablement mes balades, c’est principalement en raison de ce que l’on fait subir à la faune sauvage ! Sous des prétextes fallacieux et pour le moins éculés de « gestion » de notre patrimoine naturel, on fait régner une authentique terreur dans nos campagnes où les bêtes, traquées en permanence, n’ont guère plus de possibilité de mener une vie digne de ce nom !
Car, s’il y a d’une part la chasse et l’activité agricole et sylvicole qui perturbe indiscutablement l’indispensable quiétude des bêtes, il y a aussi le fait que l’espace ne cesse de se réduire, sacrifié par une urbanisation galopante et de nouvelles infrastructures qui poussent constamment sur le territoire.

Même au sein des diverses réserves naturelles ou des parcs naturels régionaux, la chasse n’est pas proscrite ! Il y a bien une impressionnante liste d’interdits affichés à l’entrée des divers sanctuaires (chien interdits ou à tenir impérativement en laisse, cueillettes interdites, feux interdits, circulation en véhicule motorisé interdite, déchets interdits, camping interdit…) qui constituent bien évidemment des règles de bon sens élémentaires. Pour autant et curieusement, la chasse, qui pourtant constitue une source indéniable de dérangement, figure très rarement dans la liste des activités prohibées. Selon l’ASPAS (1), « Dans le parc national des Calanques de Marseille, les chasseurs, non contents de pouvoir y pratiquer leur loisir, sont aussi autorisés à y lâcher du gibier d’élevage ou encore à y attraper des oiseaux à la glu… ». Dans le même genre d’incohérence : « Sous la pression des chasseurs locaux, le parc national des Cévennes a dû dresser une liste des personnes autorisées à la pratiquer » (Ibid). Avouez que, dans le genre paradoxal, il est difficile de faire pire !

Si les bêtes sont les premières et les victimes les plus nombreuses de la chasse –il y a 91 espèces dites « chassables » dans notre pays (2)–, les accidents de chasse sont, quant à eux, loin d’être anecdotiques : « Le nombre total d’accidents relevés durant la saison 2015-2016 s’élève à 146, en progression par rapport à la saison précédente durant laquelle avaient été relevés 122 accidents » (3).

Précision à ce sujet :« Environ 95 % des accidents interviennent en action de chasse, le reste se produisant lors d’opérations diverses (nettoyage d’armes, etc.). Parmi ces accidents, 86 % concernent les chasseurs ou les accompagnateurs et 14 % impliquent les non chasseurs. Dans 75 % des cas, c’est la chasse en groupe (dont la battue aux sangliers) qui est incriminée. La majorité des accidents de chasse ont lieu le dimanche, jour de forte
fréquentation des espaces naturels. Ces chiffres ci-dessous n’incluent pas les décès survenus longtemps après l’accident : ils ne sont comptabilisés que comme « blessures », dont le nombre est environ 10 fois supérieur à celui des décès (soit autour de 180 par an)» (4)…

L’insécurité dans nos campagnes est donc loin d’être une simple vue de l’esprit ou une extravagance d’opposants ou de militants anti-chasse : comme le souligne le RAC (4), « Ce sont des millions d’usagers pacifiques de la nature (promeneurs, Vététistes, randonneurs, joggeurs, etc.) qui se voient contraints de restreindre leurs sorties, de peur d’être victimes d’une balle perdue… Ce sont aussi de nombreuses activités touristiques, par exemple les chambres d’hôtes à la campagne, qui sont pénalisées en période de chasse, celle-ci faisant fuir les clients »…

L’horreur jusque dans son jardin…

Outre ces « bavures », on assiste chaque année à des scènes assez surréalistes –et pourtant affreusement concrètes– où des meutes d’hommes souvent lourdement armés pénètrent dans des propriétés privées pour y achever un animal mortellement blessé sous les yeux des propriétaires médusés !

Pour traumatisantes que peuvent être de telles mésaventures, il s’avère que, sauf au cas où les résidents des lieux ont pris leurs dispositions pour interdire la chasse chez eux, les chasseurs, généralement organisés en ACCA (Association communale de chasse agréée), mutualisent automatiquement l’ensemble des territoires de chasse… et y agissent comme bon leur semble !

Afin d’éviter de tels désagréments, il importe donc de prendre les devants et, lorsque l’on réside dans une zone concernée, d’effectuer les démarches afin de retirer ses terrains de l’ACCA (5).

Piégeage !

Si une action de chasse par tir passe rarement inaperçue, il est d’autres pratiques encore plus insidieuses et tout aussi affreusement destructrices ! En effet dans nos campagnes et jusqu’à proximité des écoles, les piégeurs posent toute l’année des engins de mort capables de happer aveuglément des chats, des chiens et des animaux sauvages protégés… Quoique révoltants, ce sont là des usages courants !

Il importe donc, là encore, d’en dénoncer systématiquement les abus notamment de prises
d’espèces protégées ou domestiques !
Saisis, les préfets sont parfaitement à même de prendre les arrêtés pour délimiter les zones de présence d’espèces menacées et d’y interdire les pièges dits « tuants !

Huit Français sur dix souhaitent l’interdiction de la chasse le dimanche

Pour finir sur une note un peu plus optimiste, voici les résultats d’un sondage réalisé pour l’ASPAS : 78% des Français se disent « tout à fait » ou « plutôt » favorables à « ce que le dimanche devienne un jour non chassé ».
À noter que, en 2009, en réponse à une question similaire, 54% des Français se disaient favorables à une interdiction (6).

Voilà plutôt une bonne nouvelle que cette prise de conscience pour que, demain, à défaut de disparaître pour de bon, la chasse n’endeuille au moins plus nos dimanches… mais, vu le poids des lobbys pro-chasse, ce n’est hélas pas gagné !

  1. ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages) BP 505 – 26401 Crest cedex Tél : 04 75 25 10 00 http://www.aspas-nature.org/
    Voir en particulier l’excellente publication « 10 Vérités sur la chasse en France » compilée ici :
    http://natureiciailleurs.over-blog.com/2016/09/10-verites-sur-la-chasse-en-france.html

  2. Les derniers chiffres précis existants proviennent d’une enquête menée par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) auprès de plus de 105 000 chasseurs, en 1998-1999. L’organisme avait alors dénombré, pour 39 espèces, environ 30 millions d’animaux tués au fusil
    (Source :
    http://www.linternaute.com/actualite/societe/chasse/chasse-en-chiffres.shtml Septembre 2007).

  3. Source : ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage)
    http://www.oncfs.gouv.fr/Chasser-dans-les-regles-ru18/Bilan-des-accidents-de-chasse-2015-2016-news1867

  4. Source : RAC (Rassemblement pour une France sans Chasse)
    http://france-sans-chasse.org/chasse-france/les-accidents-de-chasse

  5. L’ASPAS aide les propriétaires terriens dans leurs démarches pour interdire la chasse chez eux. C’est ainsi que des centaines de propriétés représentant plusieurs milliers d’hectares ont aujourd’hui en Refuge ASPAS partout en France. Des particuliers et même des collectivités territoriales, accompagnés par l’ASPAS, ont permis à des territoires de redevenir des havres de paix pour la faune, les milieux naturels et pour la sécurité des propriétaires.

  6. Source : France Info France Télévisions (Publié le 20/09/2016)
    http://www.francetvinfo.fr/animaux/huit-francais-sur-dix-souhaitent-l-interdiction-de-la-chasse-le-dimanche_1833383.html

Photo d'une chevrette au petit matin. Copyright 2016 JLS.

Chevrette au petit matin.
© 2016 JLS

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