Ces pigeons cordialement méprisés

Dire des pigeons urbains qu’ils sont honnis par le plus grand nombre est un doux euphémisme : les bisets ne sont en effet pas seulement détestés mais pourchassés, maltraités, voire même périodiquement exterminés ! Malgré cela, ils sont toujours là, toujours aussi nombreux semble-t-il, au grand dam de leurs détracteurs tout aussi abondants…

Si les pigeons jouissent d’une bien mauvaise réputation –d’aucuns les nomment même « les rats volants », c’est dire…- c’est que ces oiseaux, contrairement à l’avifaune en général qui est en déclin, s’adaptent merveilleusement à leur environnement et font preuve d’une ingéniosité remarquable pour échapper aux multiples périls que lui tend un autre bipède en l’occurrence plutôt mal intentionné !
L’homme, en effet, ne cesse de mettre au point des méthodes pour le moins barbares pour endiguer la prolifération des pigeons qui, selon certains, constitueraient une menace pour la population ! Les déjections, que laissent inévitablement ces oiseaux derrière eux sont salissantes, seraient une cause de dégradation accélérée des monuments et représenteraient par ailleurs un risque de transmission de maladies…
Mais, on y reviendra ! En attendant voyons les « méthodes de lutte »…

Haro sur les pigeons
Si le pigeon est malaimé, il faut reconnaître qu’il génère aussi des devises : des sociétés se sont en effet spécialisées dans l’éradication du volatile en question et mettent leurs « compétences » à la disposition des municipalités qui font appel à elles…
Ces services ne sont évidemment pas gratuits et on peut même dire que c’est un business qui se développe –puisque il y a de la demande- et qui rapporte gros !
Les sociétés mandatées ont recours à diverses techniques :

  • Captures au filet : les oiseaux sont appâtés plusieurs jours durant puis capturés au moyen d’un canon lance-filet,
  • Captures avec des cages spécialement adaptées où est disposé du maïs pour attirer les pigeons. Les cages n’étant pas relevées quotidiennement, beaucoup de pigeons sont mourants ou déjà morts de faim et de soif lorsqu’intervient enfin un technicien.
    Dans ces deux cas, les oiseaux (rescapés) sont placés dans des caissons pour être tués en retirant l’air au moyen d’une pompe aspirante, ou gazés… A noter que la première méthode provoque un écrasement « sous vide » : les organes des victimes finissant par éclater !
  • Stérilisation… pratiquée naturellement sans assistance vétérinaire et sans anesthésie préalable !
    Certaines communes (telle Albi par exemple) organisent des battues : des chasseurs mandatés, généralement ravis de l’aubaine, peuvent alors pratiquer le tir sur cible vivante qui plus est, en toute légalité !
  • Enfin, à noter que, pour ne pas rester sur des méthodes aussi cruelles et décriées à juste titre, quelques municipalités, à l’instar de Paris, ont opté pour des procédés nettement moins radicaux : il y a celles qui font pratiquer des distributions de graines contraceptives et celles qui ont opté pour des pigeonniers urbains (Paris en compte une douzaine). […]

Les pigeons et les monuments
Un des reproches généralement fait aux pigeons est la dégradation des monuments historiques et, de manière générale, les salissures générées par leurs fientes ! Là encore, afin d’y remédier, des méthodes douces mais aussi les plus barbares ont été utilisées : des filets pour empêcher l’accès des oiseaux à certains monuments, des pics anti-pigeons –qui peuvent occasionner de graves blessures aux imprudents-, des fils dans lesquels circulent un courant électrique afin de dissuader les volatiles de se poser, etc.
Si les pigeons ont aussi mauvaise presse en raison de leurs déjections, que dire de ces autres nuisances tout aussi visibles dans nos cités urbaines : les crachats, les mégots, les chewing-gums, les déchets de tout genre abandonnés par les humains, ceux laissés par les chiens et non ramassés par leurs maîtres ? D’aucuns trouvent les pigeons « bruyants » !
Il faudra pourtant beaucoup d’efforts à ces derniers pour égaler les nuisances sonores dues à la circulation routière et à la vie citadine en général !

Fientes de pigeons et risques de maladies
Pour ce qui est des risques sanitaires, il convient de rétablir quelque peu la vérité !
Leurs détracteurs avancent systématiquement le fait que les déjections des pigeons contiennent des bactéries et des champignons microscopiques ! […]
Comme le précise Antonio Fischetti  «  pour être contaminé, il faudrait avoir un pigeonnier dans son salon, ce qui n’est tout de même pas fréquent… » et d’ajouter non sans humour « Non seulement les pigeons ne sont pas dangereux pour la santé humaine mais, en plus, ils sont utiles. Déjà parce qu’ils font office d’éboueurs en nettoyant les détritus comestibles des trottoirs. S’ils compliquent la tâche des nettoyeurs de statues, ils facilitent celles des balayeurs. Plus surprenant, les pigeons réduisent aussi la pollution. En effet, dans leurs plumes, ils stockent des métaux lourds (plomb, zinc ou cadmium) qui sont très toxiques et présents dans l’environnement. Tout ce qu’ils emmagasinent, c’est toujours ce que nous n’ingérons pas. Les travaux de Julien Gasparini ont montré que, si l’on supprimait tous les pigeons, les pollutions au plomb et au cadmium dans l’air de Paris augmenteraient respectivement de 6% et de 21 % ! ».

Voilà qui bat quelque peu en brèche de nombreuses idées reçues que d’aucuns véhiculent sciemment afin de justifier les diverses maltraitance infligées aux pigeons citadins ! Plutôt que de tenter toujours et encore d’éradiquer ces animaux, encourageons nos municipalités à mettre en place davantage de pigeonniers et de préférer la contraception : les pigeons font partie intégrante de nos villes, bénéficient –en théorie- du statut juridique d’animal domestique (1) et ne sont, contrairement à ce que prétendent ceux qui mandatent des sociétés pour les capturer et les exterminer, nullement classés dans la catégorie des oiseaux « nuisibles » !

JLS

  1. Arrêté du 11 août 2006, émanant du Ministère de l’Écologie et du Développement durable : le pigeon biset est protégé par le Code pénal contre toutes formes d’actes de maltraitance ou de cruauté… On en est loin :

Article publié dans le n° de septembre 2018 de la revue Vivre en Harmonie .
Il a été publié également ici par son auteur, Jean-Louis Schmitt :
http://natureiciailleurs.over-blog.com/2018/09/ces-pigeons-cordialement-meprises.html
Il est suivi de commentaires, dont des commentaires postés par notre Collectif.

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