Barrage et autres projets controversés…

Vivre en Harmonie

Décembre 2014

POINT DE VUE

Barrage et autres projets controversés…

par Jean-Louis Schmitt

Dès septembre, avec le début des travaux de déboisement de la zone condamnée à être inondée par le futur barrage de Sivens dans le Tarn, la tension est montée d’un cran. Il aura malheureusement fallu la mort d’un jeune manifestant pour que ce projet ait un retentissement de dimension nationale…

À l’étude depuis 1989, le barrage en question devait répondre aux demandes des agriculteurs et constituer une réserve d’eau destinée à l’irrigation des cultures… Malgré une succession d’avis défavorables quant à l’impact environnemental, le maître d’ouvrage du projet – le conseil général du Tarn en l’occurrence – a obstinément poursuivi les démarches jusqu’au démarrage, il y a quelques semaines, des premiers travaux !

Parallèlement, l’opposition s’est structurée et la contestation n’a cessé de s’étoffer. La grogne aussi !
Ainsi, dès octobre 2013, le site est occupé par des opposants : dans le même temps, la préfecture du Tarn déclare le projet d’intérêt général et ordonne l’expulsion des contestataires… Depuis lors, le site a connu une succession d’occupations, de manifestations et d’expulsions donnant lieu à des affrontements parfois violents tandis que les travaux préliminaires ont bel et bien démarré (capture des animaux, déboisement, etc.) !
Durant la nuit du 25 au 26 octobre, c’est le drame : un manifestant de 21 ans – Rémi Fraisse – est retrouvé mort, selon la thèse officielle, des suites de l’explosion d’une grenade offensive…
Les travaux sont suspendus sine die ce qui ne signifie nullement pour autant que le projet est abandonné !

Controverse.

Les principaux arguments avancés par les opposants au barrage sont le coût élevé du projet (près de 9 millions d’euros), le faible nombre d’agriculteurs concernés et bénéficiaires du barrage (une vingtaine contre quatre-vingts selon le maître d’œuvre !), une évolution des besoins effectifs en eau largement revue à la baisse depuis les études du début des années 2000 ainsi que la destruction d’un site naturel et notamment d’une zone humide de 13 hectares abritant quelque 94 espèces protégées…

Comme du côté de Nantes avec le très controversé projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, comme dans la Somme avec la «ferme des 1 000 vaches», le cas de Sivens est tout aussi révélateur de l’attitude méprisante et jusqu’au-boutiste d’élus et de roitelets décidés à mener leurs ambitions grandioses jusqu’à leur terme ! Qu’il s’agisse d’ouvrages pharaoniques ou d’autres, plus modestes, les maîtres d’œuvre et leurs fidèles amis bétonneurs entendent bien ne rien lâcher et poursuivre inlassablement leur entreprise de destruction de l’environnement… et tant pis pour les inévitables dégâts collatéraux !

Le barrage de Sivens est censé apporter quelque aide aux agriculteurs locaux mais, raisonnablement, faut-il continuer envers et contre toute logique à soutenir une agriculture intensive et productiviste, polluante et mortifère ? Cette question, les intéressés ne se la posent bien évidemment pas ! En premier, les agriculteurs sont les victimes d’un système impitoyable qui finira par les broyer ! Quant aux autres, les décideurs et promoteurs, pour eux, ce qui compte ce sont les chantiers et les contrats… Pour eux, la nature n’est qu’un vaste terrain de jeu qu’ils entendent bien soumettre et apprivoiser intégralement, le tout sous couvert d’un État souvent complice et largement corrompu… Sinon, comment expliquer que tous ces projets bénéficient la plupart du temps du statut d’utilité publique ? C’est illogique, flagrant, grotesque et pourtant… ! En définitive, plus c’est gros, et plus ça marche ! Allez comprendre…

Coupables de dénoncer ou de blâmer.

J’ai déjà eu l’occasion ici même de dénoncer bon nombre de violences dont sont régulièrement victimes des écolos, des militants anti-corridas, antinucléaires, opposants à la chasse, défenseurs de l’environnement ou du vivant tout simplement…
J’observe non sans colère que, non seulement les forces de l’ordre ne ménagent pas leur peine lorsqu’il s’agit de gazer, d’arroser, de matraquer… des militants pacifiques mais que, de surcroît, ceux-ci sont régulièrement arrêtés, mis en examen et jugés pour leurs odieux «crimes» : rébellion, troubles de l’ordre public, manifestation non autorisée et parfois même pour l’utilisation d’un mégaphone !
J’en veux pour preuve ces sanctions correctionnelles prononcées à l’encontre de militants ayant manifesté – trop bruyamment au goût des organisateurs – lors d’une corrida !
J’en veux pour preuve aussi le procès de ces neuf opposants à la «ferme des 1 000 vaches» jugés fin octobre et condamnés, car «soupçonnés d’avoir commis des dégradations sur le chantier de la ferme industrielle le 12 septembre 2013 et le 28 mai dernier». Le propriétaire des lieux, Michel Ramery, un entrepreneur en BTP, leur reprochait d’avoir démonté une partie des installations de la salle de traite située à Ducrat dans la Somme. Michel Ramery avait alors parlé de «saccage», évoquant des dégâts dépassant «vraisemblablement les 100 000 euros».

Les neuf militants de la Confédération paysanne ont été condamnés par le tribunal correctionnel d’Amiens à des peines allant d’une simple amende à 5 mois de prison avec sursis… La peine la plus forte a été prononcée contre le porte-parole du syndicat, Laurent Pinatel, qui a été condamné à cinq mois de prison avec sursis et 300 euros d’amende !

En revanche, curieusement, les agressions perpétrées par les tenants de la tauromachie demeurent impunies. Ces brutalités d’une rare violence, filmées, diffusées et transmises à l’autorité judiciaire avec les nombreuses plaintes correspondantes n’ont, pour l’heure, pas abouti à la moindre mise en examen… De même, lorsque des organisations syndicales saccagent des préfectures ou d’autres bâtiments publics, lorsque des grilles et des arbres sont arrachés au moyen de tracteurs, lorsque des tonnes de fumier sont déversées sur la voie publique… nulle condamnation n’y fait jamais suite !

Alors : deux poids, deux mesures ?

C’est évident ! En la matière, la liberté d’expression, de manifester… est sévèrement réprimée ! La mort de ce gamin à Sivens est là pour nous rappeler cette si lamentable réalité ! Certes, on ne peut pas nier que des Blacks Blocs dont le seul but est de commettre des actes illégaux, ces casseurs et autres sinistres crétins qui profitent de chaque occasion pour semer le trouble et la terreur et pour affronter les forces de l’ordre, ces entités souvent vêtues de noir, dont le seul objectif est d’en découdre… discréditent considérablement les manifestations pacifiques — mais, peut-être est-ce volontaire ? — et jettent une suspicion détestable et durable sur l’ensemble des mouvements écologistes qui, pourtant, n’ont rien en commun avec ces groupuscules ultra-violents !

Mais, les images que conservera l’opinion publique seront les vitrines brisées, les scènes d’émeutes et de guérillas urbaines largement médiatisées et qui apportent de l’eau au moulin des bien-pensants et des adeptes de l’ordre, balayant du même coup celle de Rémi, mort d’une autre forme de violence, celle qui s’exerce au quotidien contre les défenseurs de la vie !

Silence, on tue…

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